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On peut voir de nombreuses écoles d’arts martiaux s’appeler ninjutsu, jujutsu, jujitsu, tai-jitsu, aikijutsu, traduites par « art de … », « technique de … » ou « science de… ».

En français, il est concevable que des homographes (des mots écrits avec les mêmes lettres) puissent avoir des sens différents comme « la mousse des arbres » et « le mousse du bateau ». Par contre on trouverait difficile à accepter que des homophones (des mots se prononçant de la même façon) aient le même sens (foi, foie, fois).
Pour en comprendre cette approche de la retranscription du japonais, il faut connaître un peu l’histoire de l’écriture japonaise.

L’écriture japonaise pour les nuls

Pour faire une petite aparté historique, l’écriture chinoise est arrivée au Japon par la Corée au quatrième siècle après Jésus-Christ. Comme les japonais n’avaient pas de système d’écriture, ils ont utilisés les caractères chinois, pour écrire non seulement le chinois mais aussi leur propre langue. « Caractère chinois » en japonaise se dit « kanji » (« kan » pour chinois, et « ji » pour caractère). Pour retranscrire ces caractères, les japonais créèrent leur propre alphabet permettant d’écrire les caractère chinois: en utilisant la phonétique, et de cette phonétique naquirent deux syllabaires : les hiragana (cinquième siècle après J-C) et les katakana (fin du huitième siècle). Les hiragana et katakana représentent des syllabes et permettent de décrire par sonorité les kanji.

Ce qui en hiragana pour la transcription japonaise de ce mot chinois est: じゅつ (« ji », petit « yu » et « tsu »).
Précision: le petit hiragana « yu » permet de lier « ji » et « yu » ce qui devient jyu (jiu) soit « ju » : じゅつ.
Alors que si l’on a « ji » et « yu » de la même taille, on obtient la prononciation « jiyu » « ji-yu » distincts じゆつ.
Donc じゅつ se prononce jyutsu ou jutsu.

Maintenant l’éternel problème est de retranscrire ces hiragana (la retranscription japonaise des caractères chinois) en caractères alphabétiques roman (notre écriture).


Messieurs Wade et Giles
Comme les sonorités et la façon de percevoir les syllabes peuvent dépendre d’un pays à l’autre, des normes d’écriture ont été créé.
– shù en transcription pinyin
– shu4 en transcription Wade-Giles
(pinyin et Wade-Giles sont deux normes de retranscription des caractères chinois dans la langue chinoise).

Ainsi « ji », petit « yu », « tsu » s’écrira :
– avec la norme kunrei shiki (norme ISO 3602 stricte) : zyutu
– avec la norme kunrei Shiki (et formes permises, exception) : jutsu
– avec la norme Hepburn (obsolète) : jutsu
– avec transcription des hiragana (non officielle) : jyutsu

Donc selon la méthode de retranscription utilisée on voit qu’on peut avoir plusieurs orthographes alphabétique… mais aucune écrivant « jitsu ».

Pourquoi pas « Jitsu » ?

En fait « jitsu » s’écrit en hiragana « ji »-« tsu » et correspond aux caractères chinois: 実 (véritable, vrai) ou 日 (le jour, le soleil) ou 實 (vrai, solide, honnête… kanji obsolète en japonais).
Donc en aucun cas le caractère signifiant art, technique, science ne s’écrit « jitsu ».

En conclusion s’il est possible et concevable d’écrire le kanji pour « art, technique ou science » des façons suivante : zyutu, jyutsu, jutsu en aucun cas il ne s’écrira jitsu. Dans ce cas l’écriture jitsu n’est pas correcte. Toutefois si le sens utilisé est celui de « vérité, véritable » ou « jour » alors on utilisera « jitsu » (mais c’est un autre sens).

Alors d’où vient le terme jitsu dans les noms d’écoles ?

Le terme Jitsu existe principalement depuis le début du vingtième siècle et il est principalement dû à une interprétation phonétique qu’à une méthode rudimentaire de transcription de la langue japonaise écrite. La norme Hepburn, bien que proposée dans les années 60 du dix-neuvième siècle (entre 1859 et 1869 donc), n’avait à cette époque toujours pas dépassé le milieu des spécialistes, et les autres méthodes ne nous étaient même pas parvenues.

Concrètement cette interprétation du bruit, du langage oral, subjective sinon erronée, est souvent basée sur des accents locaux distinctifs. Dans le cas d’autres disciplines japonaises connues plus tard par le grand public, ce problème a été résolu par un meilleur accès à une transcription correcte. Mais pour les disciplines qui ont été présentées au grand public très tôt, il y a parfois des erreurs de retranscription qui sont conservées pour des raisons historiques.

Pour aller un peu plus loin dans la découverte du japonais :
Lexilogos, dictionnaire de japonais (contient lui-même plusieurs liens extrêmement intéressants, notamment des dictionnaires tombés dans le domaine public),
Wikitionnaire, portail du japonais,
Ici Japon, un site bien structuré, assez complet et gratuit (des sons sont disponibles pour vous aider dans la prononciation, mais ils vous en coutera 1,80 euro par Allopass)
Crapules Corp, Kanji , Apprendre japonais (un peu douloureux dans l’écriture du français, mais reste proche du dialogue « vital »)

Crédits images : pictographe.blogspot.com, uchinatravel.com


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