On entend dire tout et n’importe quoi sur le Tai ji Quan (tai chi chuan ou tai chi). Ce serait :
– une danse
– pour les vieux
– une gymnastique de santé
– un art martial déguisé
– une méthode pour aider à la circulation d’une énergie qui parcourait le commun des mortels
… et il paraitrait même qu’un pratiquant de tai ji pourrait toucher des gens à distance… pire, qu’il pourrait leur faire mal.
Taï Ji Quan ou Taï Chi Chuan c'est vous qui voyez
On trouve aussi des vidéos absolument fabuleuses ou :
– un maitre âgé repousse 10 voire 20 personnes essayant de le déséquilibrer
– un maitre oblige deux homme tenant un bâton à se rouler par terre… avec deux doigts

Mais qu’en est-il réellement ? En fait je n’en sais rien du tout… je débute !

Quand j’ai commencé le tai ji je pratiquais également un art martial dit « externe » (qui favorise le travail de la musculature). Je me suis présenté au cours et suis resté complètement ouvert à cette pratique toute neuve pour moi. Ouvert ? Oui, la première minute.

Ensuite, au cours de l’échauffement, j’ai reproduit les exercices qu’on me demandait :
– lever la jambe et la secouer
– lever les bras lentement
– tenir une boule imaginaire et jouer avec
…bref, pas de pompes, pas d’abdos, même pas d’étirement. Après la première minute, je me suis rapidement dis que je n’allais pas apprendre grand chose si l’échauffement ne me faisais pas suer, pire, je risquais de me blesser plus tard… encore qu’avec la vitesse à laquelle on me faisait travailler, ça ne risquait pas grand chose.

Et puis l’échauffement s’est terminé… et j’ai constaté que mon corps avait très chaud, que mes jambes et mes bras tremblaient légèrement et que… je suais.
Le lendemain, massage obligatoire des cuisses parce que : AIE AIE AIE !
Et pourtant, elles ont 20 ans de pratique.

Taï Ji Quan ou Taï Chi Chuan c'est vous qui voyezCela fait maintenant 2 ans que je pratique cet art martial (parce que s’en est un) et j’ai rencontré là, pour moi, une science du mouvement, une façon pour moi de focaliser mon attention sur un travail particulier.

A mon avis, vous y apprenez par exemple à :
– vous tenir debout
– équilibrer votre corps
– dissocier votre droite et votre gauche
– respirer
– vous concentrer
– mémoriser de longues séquences de mouvement
– sentir chaque parcelle de votre corps en un instant

… mais vous vous assouplirez et vous musclerez aussi, indirectement, par votre travail (s’il est sérieux).

Dans la plupart des arts martiaux, il faut apprendre des suites de mouvement, des chorégraphies (kata, quyen, poomse, taolu, etc.) différentes suivant votre niveau d’apprentissage. Il y en a donc plusieurs à connaitre (avec ou sans armes). Au niveau de la « ceinture noire » (pour reprendre le terme le plus connu) cela varie entre 5 et 10, voire plus.

Dans le tai ji, une seule sera réellement requise. Elle est décomposée en 3 phases (terre, homme, ciel) regroupant au total quelques 108 mouvements.

La différence à laquelle j’ai été confronté dans mon apprentissage fût celle-ci ; dans un art martial classique, on vous apprend une forme en 2 ou 3 séances et vous retravaillez cette séquence en affinant les détails tout au long de votre pratique (tout en cumulant le nombre de formes apprises) et vous suez, là oui. Alors qu’en tai ji, vous avez toute votre vie pour travailler cette unique séquence de 108 mouvements.

Chaque séance, chaque cours vous amènera vers un nouveau mouvement, unique, sur lequel il vous faudra appliquer toute votre attention, toute votre concentration. Votre cours sera finit avant que vous vous aperceviez qu’il a commencé et vous n’aurez pensé à rien d’autres qu’à votre tai ji.

Personnellement (et j’insiste sur le côté personnelle de cette conclusion, car chacun y trouvera des choses différentes selon son parcours, son ressentit, et ses attentes), je poursuis cette voie car c’est une voie qui, à long terme est une voie bonne pour ma santé (car oui, c’est aussi une gymnastique de santé). Inutile de rechercher quelques bénéfices dans les jours qui suivent, le taï ji ne se pratique pas sur le court terme.

Je ne retiendrais qu’une phrase de l’un des pratiquants que j’ai rencontré :
Fais ton tai ji… c’est tout !

Crédit photo : taijiquan-ivry.org