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Le Réveil. Vous connaissez ? En Karaté traditionnel comme dans le Bouddhisme, on vise le Réveil. En karaté, maître Funakoshi l’a appelé la Voie (道). Quant au bouddhisme, le réveil de Siddhārtha Gautama (le Bouddha) est appelé le Bodhi (बोधि). J’écris cet article en réponse à Gracia, un de nos lecteurs de Karate-blog.net qui nous demandait dans un commentaire sur notre article « Le secret de la voie en Karate-do », quel était le lien entre le karatedō et le bouddhisme.

En pratique, le réveil en karate et dans le bouddhisme sont différents. Pourtant en principe, ils visent tous les deux à fuir la Dualité de la vie : l’un l’appelle les Passions  – les passions de violence, d’envie, de jalousie etc. –, le deuxième le Saṃsāra. Qu’est-ce qui les lie ? Quelles-sont leurs différences ?

La dualité : les Passions et le Saṃsāra

Moines bouddhistes Zen

Lorsque l’on se réfère ici à la dualité, on pense principalement au fait de dériver entre deux pôle opposés. Certaines philosophies les ont appelés le Bien et le Mal, d’autres le yin-yang (陰陽), d’autres encore les passions – par exemple entre plaisir et affliction –.

En définitive, plus la conscience est élevée, et plus elle vit selon son mental, plus elle dérive entre ces deux pôles. C’est pourquoi chacun de nous vit principalement dans son mental. À l’inverse, plus on retire de la conscience et plus il y a de spontanéité et de naturel. Par exemple, un enfant vit assez spontanément et ne calcule pas les choses comme un adulte. Si vous observez votre chat, vous verrez qu’il est encore plus proche de la nature, et qu’il vit de manière très spontanée et naturelle, sans prendre de temps pour calculer ses actions. Votre chat ne pense pas non plus au passé avec regret et ne prévoit pas ce qu’il va manger demain. Enfin, pas le mien en tout cas !

Si donc on retire de plus en plus de conscience de cette manière, on descend au subconscient, puis à l’inconscient, jusqu’à descendre si bas que la conscience n’existe plus : le carbone de notre corps est le même que n’importe quel autre carbone que l’on trouve dans la Nature. A priori, toute conscience est absente à ce niveau. A l’inverse, si on remonte très haut dans la conscience, on voit qu’on se détache de l’unité des choses, du « naturel ». C’est cette impression que vous avez lorsque vous cogitez d’être dans votre monde. C’est la raison pour laquelle un enfant a tant de mal à être concentré et pourquoi il donne souvent l’impression d’être dans son monde : il bâti sa conscience, et il doit s’écarter du réel.

Il nous est difficile d’être conscient et de devoir toujours vivre ailleurs que dans l’instant présent. Nous pouvons donc « épurer » notre conscience, pour qu’elle ne divague plus entre les deux pôles : pour qu’elle ne divague plus entre plaisirs et affliction par exemple. Dans le cas du bouddhisme, il s’agit de sortir du Saṃsāra, du « courant des renaissances successives », pour ne plus revivre encore et encore les mêmes choses que l’on souhaite dépasser. On parvient à sortir de la dualité, et à s’en libérer pour atteindre un état qui peut s’apparenter à une unité.

Roland Habersetzer – 9ème dans de Karaté – exprime très bien cet aspect vide et libéré, en expliquant ce qu’est la vacuité de l’esprit :

« Cet aspect psychologique touche profondément à tout ce qui est oriental. Le Karaté, comme tout art martial japonais, a été fortement influencé par le Bouddhisme-Zen ; il en résulte un concept particulier, à savoir que l’esprit de l’homme doit revenir aussi simple que celui d’un enfant, ce que les adeptes du Zen expriment en disant que seul le « vide » est source d’efficacité. » [3]

Le Réveil : la Voie et le Bodhi

Méditation en Karaté

On retrouve dans le Karaté une dimension très intéressante, à laquelle se réfère Carl Jung – éminent psychanalyse suisse du XXe siècle – dans son étude sur les archétypes de l’âme: celle de la maison [1]. Comme je le développe dans un article le secret de la Voie sur notre site Karate-blog.net [2], la « Voie du Karatedō, c’est retrouver votre intérieur, votre Vie – votre vie primitive », en se détachant de « toutes ces pensées encombrantes [qui] proviennent d’éléments extérieurs. » Pour résumer, on peut dire que le but recherché de la Voie est de se détacher de la vie quotidienne telle qu’on la connaît, pour retrouver notre esprit naturel oublié au fil des années.

En construisant notre vie, nous avons bâti des murs. Ces murs sont omniprésents dans notre champ de vision. Ils forment un espace confiné dans lequel notre esprit est enfermé. Ils représentent notre travail, nos relations, nos activités extérieures, nos soucis, nos plaisirs etc. Enfermés dans ces murs, formant la maison de la routine, il nous est impossible d’apercevoir ce qu’il y a à l’extérieur. En scrutant précisément les murs, nous pouvons trouver quelques fenêtres ouvertes à l’extérieur, mais elles sont petites et il est difficile de voir précisément ce que le monde extérieur a offrir à nos yeux. Nous nous accordons un regard entre les barreaux de ces vitres à de courts moments, lors de petites prises de consciences : nous les ressentons souvent le soir au couché, si nous sommes vraiment détendus.

Il est difficile pour nous d’y apercevoir quelque chose. C’est pourquoi nous devons pouvoir sortir de cette maison par moment : c’est ce que propose d’atteindre la Voie du Karaté traditionnel, ou le Bodhi de Bouddha. Si nous parvenons à sortir de la maison, nous observons alors sans ornements les parcelles les plus naturelles de notre être. Plus aucun mur extérieur ne nous empêche d’y voir clair.

Le Réveil dans les deux cas, c’est parvenir à sortir de la maison lorsqu’on le souhaite, et d’atteindre l’unité de l’être.

Conclusion : puisons la Vie

Dans les deux disciplines que sont le Karaté traditionnel et le Bouddhisme – quelle que soit la branche –, on vise à accéder à notre énergie intérieure. On vise à toucher la vie au plus profond, dans son essence la plus naturelle. Nous ne pouvons pas atteindre cette profondeur de l’être sans nous sortir des tourments de la vie, des recommencements perpétuels des plaisirs et déplaisirs. En l’occurrence, le Karate traditionnel vise à se sortir de notre dérive quotidienne grâce à la pratique du corps, pour atteindre l’esprit et ne faire plus qu’un : on atteint alors l’unité corps-esprit.

Je vous propose de continuer la réflexion sur Karate-blog.net avec les articles Ce qu’est la Voie et Ce qu’en pensent les philosophes.

Donnez-nous votre avis ou réflexions dans un commentaire ci-dessous !

A très vite.
Alexandre
de l’équipe Karate-blog.net

[1] En réalité, il l’a décrit sans lui attribuer de nom particulier.
[2] Le Secret de la Voie du Karatedō (1/3): Ce qu’est la Voie
[3] Karaté pratique : Du débutant à la ceinture noire, Roland Habersetzer


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