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Cet article traite principalement du lien entre les arts martiaux japonais modernes, dont le premier né est le jūdō en 1882 (puis d’autres arts martiaux déjà existants ont fait le pas vers la modernité et d’autres ont vu le jour), et la religion. Les arts martiaux plus anciens comme le sumō ou qui proviennent d’ailleurs que de l’archipel japonais seront certainement analysés dans d’autres articles afin de vous offrir une lecture par thème.

Oui, les arts martiaux ont été influencés par la religion. L’ont-ils été directement ou par d’autres chemins ? Nous pratiquons les arts martiaux japonais tels que le jūdō dans une salle appelée le dōjō. Ce mot signifie « lieu de Voie », comprenez le lieu dans lequel vous suivez la Voie. À l’origine, l’utilisation d’un dōjō était limitée à la religion bouddhiste, très présente au Japon, pour la méditation. Puis, les arts martiaux ont commencé de comporter ce mot « dō », la Voie. Une salle de pratique devenait alors une salle dédiée à l’étude de la Voie. Mais ceci ne suffit pas à affirmer l’influence de la religion sur les arts martiaux, si ce n’est l’emprunt d’un mot. Transition amusante : rappelons que le jeune fondateur du jūdō louait une salle appartenant au temple Eishōji de Tōkyō, lors de ses débuts. À cette période (1882), son maître de jūjutsu lui enseignait encore plusieurs fois par semaine dans cette petite salle transformée en lieu de naissance du jūdō.

Lorsque l’on parle de la religion, on pense au salut, aux règles d’éthique et aux symboles.

Commençons par le salut. En Islam, on se prosterne face à Allah et nul autre, ce qui a déjà posé problème pour les musulmans qui souhaitaient pratiquer un art martial. Le salut japonais (rei) que nous connaissons et qui peut se réaliser debout ou assis a bien changé. En effet, il s’effectuait différemment selon que l’on était une dame ou un homme. De plus, le salut assis (za rei) se faisait avec les pieds relevés (orteils accrochés) et non pas couchés (orteils allongés). Pour prendre un exemple, Jigorō Kanō a finalement choisi d’employer le salut dicté aux citoyens par le ministère de l’Éducation. Dans les arts martiaux, le salut marque le respect et permet de remercier le partenaire, le professeur ou l’élève. Dès lors, il ne s’agit pas d’une prosternation religieuse, mais d’une inclinaison courtoise. Que les musulmans se rassurent, ce qui importe est l’intention du geste.

Une forme de salut bien occidentale

Mais pourquoi s’incline-t-on pour saluer ? En s’inclinant, nous montrons notre nuque en signe de confiance, de la même manière que la poignée de main. C’est-à-dire que la personne en face, comme lorsque vous agitez le drapeau blanc, ne vous décapitera pas d’un coup de sabre, à l’instar du chevalier qui montre sa main sans épée. Une origine martiale plutôt que religieuse.

À quoi servent les règles ? À vivre en harmonie avec son entourage. À l’école, ne dit-on pas « règles de vie » ? Les règles comme la propreté, l’hygiène, le respect, permettent un contexte favorable à l’apprentissage.

Passons aux symboles. La couleur blanche, pour l’uniforme par exemple, représente la pureté. Une pureté entre l’égalité des sexes, des classes sociales, des cultures et ainsi de suite. Lorsque vous accrochez votre chemise au vestiaire pour vêtir la tenue d’entraînement, vous laissez vos appartenances de côté le temps de la leçon. Ainsi, la discrimination reste, elle aussi, avec votre cravate. Un premier pas vers la paix. Partant de ce principe, vous laissez donc également votre religion sur le banc du vestiaire. Toutefois, cela ne vous interdit pas de faire une pause pour l’accorder à la prière, comme cela se fait dans de nombreux clubs. Idem quant au port du voile, personne n’empêchera de porter le voile dans un dōjō. Les interdictions formelles concernent les bijoux, qui peuvent provoquer des accidents, par exemple arracher le lobe de l’oreille ou démettre un doigt.

Les Japonais ne sont pas religieux. En réalité, la pratique d’une religion est un élément culturel, une chose faisant partie de la vie quotidienne. En bouddhisme et en shintō, il n’existe pas de rituel d’entrée tel que le baptême. Les Japonais fêtent donc volontiers Noël, participent au Kagami Biraki, se marient dans une église, disent adieu aux défunts d’après le mode bouddhiste, et ainsi de suite.

Concernant les couleurs de ceintures, ce qu’elles symbolisent (à l’exception des couleurs occidentales apportées par Mikinosuke Kawaishi qui, elles, n’ont pas de signification particulière) relève de la nature et de l’être humain. L’enracinement à la terre de la ceinture brune, la maîtrise de la ceinture noire, l’unification du rouge et du blanc…

La religion et les arts martiaux modernes japonais sont deux mondes différents et on se doit de respecter chacun d’eux.


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