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La dernière fois que le MMA (Mixed Martial Art ou Arts Martiaux Mélangés) a fait parler de lui c’était au cours du gala qui s’est déroulé au Cirque d’Hiver à Paris le 15 septembre 2015, ce 8 avril 2016 une mission parlementaire a été ouverte.

Petit historique récent du MMA en France

Les médias ont profité de cet évènement au Cirque d’Hiver pour nous « rappeler » que le MMA était un sport interdit :
Enquête ouverte sur l’organisation d’un gala de MMA samedi à Paris
Une enquête ouverte après des combats de MMA à Paris

Non seulement leurs informations sont fausses puisque le MMA n’est pas interdit en France, mais en plus les autorités ont épluché les autorisations fournies par les organisateurs et n’ont rien trouvé à redire… la compétition pouvait avoir lieu et était légale.

La conclusion positive d’Arnaud Romera

Arnaud Romera journaliste pour « Tout le Sport », émission sportive de France Télévision, s’était rendu sur place pour constater que le gala se déroulait effectivement sans aucun manquement à la dignité humaine et dans les règles d’un sport de combat comme il en existe déjà des dizaines.

Le mma au cirque d'hiver de paris

Edit du 25 avril 2016

Malgré la légalité de l’évènement, les autorités ont réagit très rapidement avec l’instruction DS/B2/2015/349 relative aux contrôles des établissements et manifestations publiques de sports de combat proposant du combat mixte. Cette instruction du 24 novembre 2015 examinée le 19 du même mois été mentionnée comme applicable immédiatement.

En résumé, le texte dit que :

« il est demandé aux directions départementales de la cohésion sociale et aux
directions départementales de la cohésion sociale et de la protection des populations de contrôler les établissements et les manifestations publiques de sports de combat proposant du combat mixte.

L’interview de Tatiana Vassine, avocate en droit du sport

En mars 2015, une interview de Tatiana Vassine avocate au barreau de Paris (spécialiste en droit du sport) par MMA Time, nous donnait des précisions sur le statut actuel du MMA. Dans un état de droit comme la France, ce qui n’est pas interdit est autorisé. La recommandation européenne de 1999 R 99-11 souhaitait une interdiction de la discipline. Mais une recommandation n’est pas une loi (les retransmissions télévisées au regard de la recommandation R99-11).

Depuis cette recommandation (sans contrainte donc), la France n’a interdit « que » les compétitions. Son enseignement quant à lui s’est bien développé puisque c’était près de 700 associations en 2014 qui permettaient de pratiquer les Arts Martiaux Mélangés. Cela n’empêchait pas en mars 2013, Valerie Fourneyron alors ministre des sports, de déclarer :

Le MMA est interdit en France et je souhaite poursuivre cette interdiction.

Une déclaration partiellement « erronée » donc, puisque comme vous l’avez compris la France n’a pas interdit le MMA en tant que tel. En revanche les préfets ont « carte blanche » pour gérer le problème en local, au coup par coup… voire au feeling. Les associations développent cependant le MMA en toute légalité puisque les statuts sont déposés en préfecture et acceptés.

L’article 331-2 du code du sport permet d’interdire un évènement pour protéger l’intégrité physique des combattants.

L’autorité administrative peut, par arrêté motivé, interdire la tenue de toute compétition, rencontre, démonstration ou manifestation publique de quelque nature que ce soit, dans une discipline ou une activité sportive lorsqu’elle présente des risques d’atteinte à la dignité, à l’intégrité physique ou à la santé des participants.

L’interview complète de Tatiana Vassine, avocate

Manuel Valls souhaite un rapport sur le « combat mixte »

Une mission parlementaire pour le MMA - Patrick Vignal et Jacques GrosperrinPour faire avancer ce dossier « sulfureux », le premier ministre Manuel Valls par l’intermédiaire de M. Thierry Braillard Secrétaire d’État auprès du ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, chargé des Sports (ça c’est du titre), a missionné* ce 8 avril pour éclaircir les choses, M. Patrick Vignal député de l’Hérault et M. Jacques Grosperrin, sénateur du Doubs.
Ils se sont vus confiés cette :

[…] mission parlementaire sur la pratique actuelle des combats mixtes, appelés « MMA ».

On peut comprendre de suite que le sujet de départ est assez mal compris (et c’est logique au vu des déformations à répétitions effectuées par les médias qui se sont emparés du sujet au cours de ces dernières années) puisque le terme anglais Mixed Martial Arts ne devrait pas être traduit par Arts Martiaux Mixtes (puisqu’il ne s’agit pas de combat homme/femme) mais par Arts Martiaux Mélangés (au pire Arts Martiaux Mixés, ce qui ne change pas l’acronyme à utiliser). Si un cadre légal doit accompagner le développement du MMA, je pense que chaque terme devra être soigneusement choisi et le terme de « combat mixte » ne me semble pas le plus approprié.

Objectif de la mission parlementaire

L’objectif de cette mission est d’apporter une connaissance approfondie et détaillée des « combats mixtes » au travers des règles techniques, des diverses pratiques, de l’organisation et des modes de financement.

En gros, la mission devra étudier ce qui se fait déjà :
– quelles sont les règles appliquées ?
– comment les évènements sont-ils mis en place (celui du Cirque d’Hiver sera probablement le plus épluché) ?
– comment les clubs fonctionnent-ils ?
– comment le MMA est-il financé ?
– les structures existantes peuvent-elles servir de fondation ?
– etc.

J’avoue attendre avec impatience que les diplômes des professeurs soient étudiés afin de protéger les pratiquants, évinçant tous ceux qui se seraient lancés dans son enseignement sans aucune autre compétence que celle de savoir mettre des « bourre-pif ».

[…] ils établiront un comparatif de la pratique des « MMA », à l’ensemble des sports de combats déjà réglementés et organisés par des fédérations sportives.

mission parlementaire MMA

Il semble que cette mission doive déterminer si oui ou non le MMA aura sa propre fédération ou si une fédération déjà délégataire pourra l’héberger.
A vrai dire c’est ici qu’on peut se dire que ce n’est pas gagné sachant que chaque fédération a déjà sa propre version du MMA et tente de tirer la couverture à elle (il y a quand même « quelques » subventions et licences à la clé), avec par exemple :
FFKDA : Karate Pro Fight
FFKMDA : Lutte Contact & Pancrace
FFJ : Jujitsu Fighting System

De plus, ils souhaitent mener une réflexion plus large sur la philosophie des sports de combats, les valeurs républicaines, citoyennes, éducatives et le rapport à la violence.

Cette partie soulève un point intéressant sur le travail de la mission parlementaire emmenée par messieurs Vignal et Grosperrin. En effet, elle soumet l’idée que peut-être, si les conclusions de la commission ne sont pas favorables au développement des autres disciplines au regard des valeurs qui sont véhiculées par ces disciplines, des changements pourraient advenir sur le fonctionnement actuel des arts martiaux et des sports de combat.
Dans un premier temps, on peut se demander pour quelles raisons des valeurs comme le respect, la sincérité et la ténacité pourraient être dénoncées comme ne faisant pas partie des valeurs républicaines ou citoyennes.

Cependant la violence intrinsèque des techniques martiales, si elles sont mal enseignées peut effectivement amener à des dérives (sur de jeunes pratiquants au mental fragile ou en situation sociale difficile). Normalement les formations sont là pour protéger les pratiquants, en offrant aux enseignants le matériel pédagogique nécessaire à cette transmission du savoir encore faut-il les avoir suivies.

Qui sont Patrick Vignal et Jacques Grosperrin

Patrick Vignal

Jacques Grosperrin sénateur du DoubsM. Vignal, député de l’Hérault (PS) est un professeur 4e dan de judo et pratiquant de sambo. Il a également été maître de conférence associé à l’Université de Montpellier 1 (sports).
Les questions que M. Vignal se posent sont légitimes :
– une cage, pourquoi faire ?
– quelle philosophie accompagne le MMA ?
– le MMA doit-il être doté d’une fédération autonome ?
– comment lutter conte le dopage ?
– etc.

Pour résoudre « cette affaire », ce dossier « patate chaude » passé de ministre en ministre, M. Vignal souhaite lancer une consultation nationale, sorte d’agora, ou chacun devrait pouvoir s’exprimer sur le sujet.

Jacques Grosperrin

Jacques Grosperrin sénateur du DoubsM. Grosperrin est sénateur du Doubs (LR). Il est également 5e dan de judo qu’il a enseigné à la fac de sport avec la lutte, la boxe et la boxe française.

Il compte aborder le sujet sans aucun a priori, sans aucunes certitudes ni aucun préjugé.

Il faut rassurer les pratiquants de MMA. Ce ne sera pas une mission à charge.
Jacques Grosperrin

Thierry Braillard, leur laisse carte blanche, qu’ils utiliseront pour réaliser un état des lieux de la discipline le plus objectif possible. Le ministre prendra alors sa décision sur la base de leurs conclusion. Il ne leur appartient pas d’interdire ou de ne pas interdire.

Certaines interrogations éthiques leurs viennent évidemment à l’esprit. Il y a toujours notamment ce symbole fort de notre culture :

On ne frappe jamais quelqu’un au sol, ça ne se fait pas !
Jacques Grosperrin

Les techniques de combat ont évolués et nous savons tous en tant que combattant qu’un homme à terre n’est pas systématiquement en position de faiblesse (nos amis du Ju Jitsu Brésilien apprécieront). Le changement de cet état d’esprit est une étape qui me semble importante à franchir pour une saine compréhension.

Des auditions sont prévues mais je n’ai pas réussit à obtenir les noms des personnes qui seront auditionnées. Il y aura cependant un large spectre de profils tels que : des dirigeants, des pratiquants, des historiens, des médecins, des philosophes et des présidents de fédération.

Le parcours de messieurs Vignal et Grosperrin nous dépeint l’image de deux « enquêteurs » atypiques dans le paysage politique, des pratiquants connaissant le milieu des arts martiaux traditionnels. Ils ne partent donc pas de zéro dans la recherche « de la vérité » du MMA. Cependant, je dois bien avouer que le fait qu’ils soient judoka tous les deux et proche de M. JL Rouget projette l’ombre inquiétante du président de la FFJ (intraitable sur ce dossier).
J’ai néanmoins senti dans les propos des deux hommes la volonté de faire leur travail en toute indépendance, car comme le soulignait M. Vignal au cours de notre échange :

On ne me tient pas le stylo !
Patrick Vignal

Les travaux de cette mission (qui doivent s’étaler sur 6 mois) seront suivis à n’en pas douter par l’ensemble de la communauté des pratiquants d’arts martiaux et de sports de combat. Comme il ne sera peut-être pas possible de consulter l’avancement des travaux au travers de rapports d’étapes la communauté des arts martiaux et des sports de combat en attendent les conclusions avec impatience.

Nous allons essayé de travailler dans le calme. Beaucoup de gens nous sollicitent !
Jacques Grosperrin

dana white ufc

Nous savons tous que cette enquête est déterminante pour l’avenir proche du MMA dans l’offre des formations apportées aux professeurs évidemment, aux arbitres ensuite, pour le développement des infrastructures, mais aussi pour son développement financier. Il y a fort à parier que si ouverture il y a, Dana White, président de l’UFC (organisation qui pesait plus de 500 millions de $ en 2014*), avancera ses pions très rapidement pour garder la main sur la diffusion télévisée des combats. D’après l’article suivant on est toujours dans les temps. A se demander si…

Et pourquoi pas un TUF (émission de téléréalité orientée MMA) spécial French Fighters en 2017 ?

Pour terminer, leur travail ne s’annonce pas facile d’une part à cause du déferlement de passion qui accompagne les arts martiaux en général et le MMA en particulier, mais aussi à cause de deux évènements récents venus perturber le lancement de cette réflexion. Dans un premier temps le décès de Joao Carvhallo après son combat contre Charles Ward au TEF1 interroge sur les questions d’arbitrage notamment. Et dans un second temps lors du Fight Night de Montreux du 16 avril, une polémique est montée au sujet du français Magomed Guekhaiev qui crie « Allah Akbar » à la fin de son combat. Préjudiciable ou pas (je vais me garder mon avis) la polémique est là, et ils devront y réfléchir aussi, d’autant que leur mission fait état des valeurs de la république dont la laïcité fait partie intégrante.

Bon courage messieurs, tous les yeux des pratiquants sont braqués sur vous.
Sans vous mettre la pression 🙂

Les différentes compétitions « avec du MMA dedans »

Le Karaté Pro Fight

Protections : pas de casque
Frappes au sol : autorisées

La Lutte Contact

Protections : casque
Frappes au sol : non-autorisées

Le Jujitsu Fighting System

Protections : pas de casque
Frappes au sol : non-autorisées

* Sources :
Les parlementaires missionnés promettent un travail sans préjugés
Chronique UFC: Panorama de l’évolution financière de la promotion


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