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Quand je présente la pratique des Paceri comme un art martial en recherche de non violence, je vois souvent de l’incompréhension dans le regard de mon interlocuteur.

« Mais tous les arts martiaux apprennent à ne pas se battre et à se contrôler » me rétorque t’on.

Au delà de l’imaginaire mythique du grand guerrier zen, je dois bien reconnaitre que cette proposition porte une part de vérité, mais je sentais bien qu’un biais la rendait incohérente avec l’approche que je privilégie.

Ce biais m’est apparu aujourd’hui lors d’un entrainement méditatif en mouvement sur la plage.

Gérer le stress pour plus de maîtrise

De tous temps les arts martiaux se sont rapprochés de « voies spirituelles » et de techniques mentales et méditatives, en ce que celles-ci permettaient une gestion efficace du stress et de l’émotion. Or, on sait que ceux-ci sont préjudiciables au discernement et que leur maitrise permet une prise de recul qui rend moins réactif. Combiné à une somme d’entrainement qui renforce son sentiment de sécurité l’artiste martial est moins enclin à s’engager dans l’affrontement.

Archer japonais avec cible. Encre sur papier, 1878.
Archer japonais avec cible. Encre sur papier, 1878.

Dès lors m’apparut le fait qu’il y a une grande différence entre retarder ou arrêter l’entrée en guerre et vouloir pacifier.

Dans le premier cas il s’agit de retarder l’engagement avec en arrière plan mental « Si tu dépasse telle limite, tu vas voir de quel bois je me chauffe, Je t’éclate la tronche… » Il y a une rupture d’action avant et après la limite, ces actions ne sont pas de même nature.  Ce n’est pas pacifier c’est garder la même occurrence de violence mais réussir à la différer.

En tant que chercheur de paix notre démarche est quelque peu différente, elle consiste a construire un arrière plan mental qui privilégie à chaque étape du conflit la recherche de paix. Les techniques de pacifications font partie du bagage du chercheur de paix ; si la tension et la menace sont plus fort, le Paceru s’engage plus fortement pour ramener la paix jusqu’à si il le faut mettre l’autre hors d’état de nuire.

La métaphore du bambou

A l’inverse du premier cas il n’y a pas discontinuité de comportement mais une linéarité basée sur le retour à la paix. Dans ce processus le Paceru peut monter dans une réponse très forte comme il peut l’instant d’après redescendre en tension. Le protagoniste est seul responsable de ce qui va lui être opposé.

Pour illustrer ceci voici une métaphore.

bambooJe suis face à un bambou, si je le pousse doucement il me reviendra doucement, si je le pousse fort il me reviendra avec force dans le visage je peux alors choisir ce que je veux. Le bambou ne veut que rester dans son état de bambou. Voire à retablir une relation pacifique entre nous. C’est ce que nous cherchons à cultiver.

Le bambou ne veut que rester dans son état de bambou

Je crois que la paix illustrée traditionnellement par les arts martiaux ressemblerait plutôt à ceci

Je suis face à un bambou, si je le pousse doucement il ne bouge presque pas, mais si je le pousse fort, vient s’abattre sur moi un grand chêne que je n’avais pas prévu. Le bambou n’était qu’un leurre.

Je ne critique pas cette stratégie qui a une efficacité, mais qui n’est pas le choix que nous faisons.

Comment peut on espérer pacifier si la notion de paix n’est pas abordée, éprouvée, explorée ?

N’y a t’il pas un paradoxe de cultiver la guerre, en étudier tous ses aspects, pour aller à la rencontre d’une paix que l’on n’a pas pris la peine de définir ?

L’expression populaire dit « Si tu veux la paix prépare la guerre »

Nous osons : « si tu veux la paix, prépare la paix ; même si tu dois devenir guerrier pour l’atteindre »

L’enseignement des Paceri commence par cultiver la paix en soi même, sans contrainte, un moment de quiétude, d’harmonie et de liberté de mouvement et de contact avec son énergie vitale .

La première pierre de l’édifice : l’ancrage dans la paix

L’objectif des entrainements est alors de conserver cet état en l’éprouvant peu à peu dans la rencontre, face à la contrariété, face à l’opposition, face au conflit, voire face à l’agression.

el chercheur de paixNous voyons donc combien le chercheur de paix va devoir s’appuyer sur :

  • Le renforcement d’un arrière plan mental qui ouvre la porte à la paix à chaque instant ; un arrière plan qui dit : « je te respecte et te demande d’être respecté » plutôt que « si tu veux me faire mal, je vais te détruire », une demande contre une injonction. La première ouvre un nouvel accord de distance possible, la seconde provoque immanquablement une résistance ou une soumission qui ne règle rien.
  • La régulation des émotions seule voie du discernement
  • L’entrainement à la proportionnalité et la justesse de son action.
  • L’entrainement aux techniques a même d’assurer sa protection et son engagement total dans l’action.

Si ces fondamentaux sont présents au cœur de la pratique, tout art martial peut être un art de pacification. Ce qui semble plutôt une bonne nouvelle.

Est-ce un mirage ? Je ne le crois pas parce que nous savons déjà faire cela.

Intervenir pour protéger

controler pour protegerImaginez des circonstances ou l’un de vos proches suite à trop de soucis, de tensions « pète les plombs » , il casse tout et dans sa colère en devient même menaçant pour son entourage.

Il est probable que vous soyez amené à intervenir pour vous protéger, mais également pour le protéger. Votre action sera sans doute empreinte de fermeté, de vigilance mais aussi d’amour car vous ferez tout pour ne pas casser le bras, les dents, ou éclater un genou a une personne que vous aimez. Il est probable également qu’à l’ instant où il se calmera, vous relâcherez votre étreinte sans vous départir de votre vigilance.

Les moyens d’action sont forts et nécessitent : fermeté, engagement, vigilances, compétences. Mais dans le même temps l’intention est le retour à la paix, et le sentiment profond d’arrière plan est l’Amour.

Cet exemple parait il incongru et farfelu ?

L’objectif du chercheur de paix est de cultiver cela et élargir cette capacité à toute relation conflictuelle.
C’est le but de notre entrainement

Crédits photos : bambou, conflit


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