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Il y a une semaine, j’ai participé à un stage avec de grue blanche du Fujian, donné par Edmond Goubet. Edmond Goubet est le prof de mon prof (Gilles Roghe) et accessoirement, le seul enseignant de l’ancienne grue blanche du Fujian encore vivant, à avoir reçut les trois diplômes de transmission du style.

Voici un « petit » compte rendu de ce stage…

Edmond est très généreux dans ses explications, et très disponible.

edmond_goubetAvec Jérome, mon frère d’arme en grue, on est parti le vendredi 21 mars, pour suivre un stage de grue blanche du Fujian au Mans, stage qui devait se tenir le samedi 22.

La Veille du stage

Pour nous, cela a commencé la veille, car on a pu suivre le cours habituel des « gruteux » (pratiquant du style de la Grue) du Mans. Cela a été aussi pour nous deux de rencontrer pour la première fois, Edmond Goubet, le prof de notre prof, qui est un monsieur charmant, courtois, un véritable passionné, prêt à partager et à beaucoup donner.

On m’avait prévenu, mais il y a une différence certaine, entre Gilles Roghe, mon professeur et son prof monsieur Goubet. Pas dans les principes du style, mais dans l’expression de ceux-ci. On peut dire que si Gilles est eau (plutôt rond, relâché, lourd…), Edmond Goubet est métal, tranchant. (non sans une certaine rondeur). C’est d’autant plus intéressant, car en temps qu’élève, ça me permet d’avoir des éclairages différents sur les même choses.

Pour une meilleure description de ce vendredi soir, je vais laisser parler mon frère d’arme :
« Vendredi soir : Première rencontre avec Edmond (qui est le prof de notre prof, Gilles Roghe pour ceux qui n’auront pas suivis !) donc super excité et content !
Nous avons le droit de participer au cours du soir avec les « manceaux » (les pratiquants du Mans) !
Le cours commence par un « échauffement » avec les 9 premiers Nei Gong de la grue blanche, suivis de ceux des 5 éléments dans l’ordre du cycle de destruction (wu xing), à savoir l’eau (qui correspond à l’avant bras), le feu (la paume), le métal (dos du poignet), le bois (les doigts) et la terre (le poing).

On enchaîne par un petit travail de posture et d’application des premiers mouvements de san zhan. L’un fait travailler l’autre en lui poussant les épaules, et celui ci répond en « absorbant » (épaule/taille/bras à 45° vers l’avant), avec un travail des alignements et des angles important, et différents selon qu’on repousse à l’intérieur ou à l’extérieur (cf. troisième et quatrième porte pour les gruteux!).

On rentre dans le plus martial avec quelques applications liés au nei gong et/ou formes :
Attaque basse : retrait de la taille et on coupe, et on revient directe par un coude (façon baji) ou autres. Travail de la force oblique, la taille s’efface, mais l’épaule reste, un peu comme le premier Nei Gong.

Attaque haute : premier mouvement de san zhan (flotter, écarter en étant a l’extérieur) puis on rentre avec le coude et la main en « bec de grue » issue de « je-ne-sais-pas-quelle-forme-que-je-ne-connais-pas-encore-mais-que-Gilles-m’a-dit-mais-dont-je-ne-me-souvient-plus-mais-qu’il-va-sans-doute-corriger-ici-bas ».

Attaque haute/moyenne : on rentre à l’intérieur cette fois ci avec un travail du type 5eme nei gong qui peut faire penser au Yi Quan (dédicace à Musashi san), en absorbant par contact extérieur puis en déviant avec la taille, on se retrouve à l’intérieur, tout en frappant avec un « crochet » (façon grue blanche) de l’autre main.

Premier Tui shou : Le feu Vs l’eau ! On répond à une attaque de type feu en déviant avec la taille et l’avant bras (eau). Importance que la taille revienne au centre (neutre) après le mouvement d’attaque ou de défense, pour donner le rebond, l’élasticité au tuishou !

Enfin, on finit par faire la première forme, en entière, avec sur chaque étape, des détails importants donnés par Edmond !

Edmond est très généreux dans ses explications, et très disponible. Personnellement, j’aurai eu beaucoup de révélations ce soir-là (et au stage) car les explications d’Edmond sont très complémentaires à celles de Gilles. Juste un exemple, là ou mon prof insiste beaucoup sur le troisième pied, Edmond parlera beaucoup du travail de la taille (« MingMen flotte comme un étendard »).

La grue est un style d’escrimeur, de sabreur…

Le stage lui même

On va commencer comme le vendredi soir, par un travail sur les nei gongs de la grue blanche et ceux correspondants au cinq éléments (La veille, Jérome, dont l’inconscient doit être marqué par une certaine Leeloo, a un peu déliré sur le cinquième élément ^^) .

Ces nei gongs permettent de mettre en œuvre certains principes (au niveau de la mobilité corporelle, de la respiration…) que l’on va retrouver dans les taos, mais aussi dès que l’on va bouger.

Puis on va passer sur l’apprentissage de la première partie du premier tao/style de notre école, san zhan.

Dans notre école, Su He, la grue qui prends gite, est le premier système/tao. Il est le tao mère, celui dans lequel tout prends racine et le centre de ce tao est san zhan (sanchin), les trois batailles. Tout est dedans. Mais celui-ci est indéchiffrable tout seul et le reste du système sert à le décrypter. Un peu comme un éventail, dont l’on ne verrait au départ que la tranche et que l’on ouvre après.

Donc, une partie de la matinée est passé sur l’apprentissage de san zhan. Au fur et à mesure, Edmond Goubet va introduire les points clefs de celui ci. La structure (en gros, placement de la nuque, poitrine non gonflée, épaule basse comme les omoplates…) qui est mise en place, apprends a être déplacée dans san zhan. C’est là qu’intervient le pas particulier de la grue, ce n’est pas le tibia qui avance, mais les reins et le souffle qui dirige le pas (on parle de « boxe » sans guêtre).

Après s’être amusé à faire les exercices (les nei gong pour ceux qui ne suivent pas) qui aident à mettre en place le corps de la grue, voir la base de la base de la grue blanche (san zhan), on a tenté de mettre cela en applications, par ce que l’on pourrait appeler de « l’application technique ».

Ces applications techniques, ne sont pas obligatoirement compliquées ou différentes de ce que j’ai pu voir ailleurs dans la forme, mais ils le sont dans le fond, car on va utiliser « les principes » de la grue, pour les faire fonctionner.

Comment fonctionne le style de la Grue Blanche ?

Pour mieux vous faire « rentrer » dans mon compte rendu et au moins vous faire « ressentir intellectuellement » ce que l’on a fait, je vais essayer de vous faire comprendre comment « marche la grue ».

La grue est un style d’escrimeur, de sabreur, donc lorsque l’on parle escrime et notamment escrime sans armure, le déplacement prime sur l’enracinement. C’est un style léger donc, où la structure est importante, car elle donne du fond à l’action. Tout est dirigé par l’action des reins, de la taille, le poing ming men doit rester souple comme un étendard. C’est à dire que malgré la rétroversion, la taille ne doit pas être bloquée.
L’action étant dirigée par la taille et le souffle, bien souvent, l’action dans un sens, n’est pas finie qu’elle repart dans l’autre, travaillant le rebond, l’élasticité.

Par exemple, sur une attaque en direct haut, on dévie par une action (de l’extérieur vers l’intérieur) des deux bras quasi simultanée. En partant de la taille, on dévie de la paume d’une main et de l’autre en « tan » (avant bras déplié, paume dans le prolongement, ouverte vers le ciel). La taille repart dans l’autre sens, on se retrouve dans uns position qui peut rappeler le baji, le bras qui avait dévié en tan, contrôlant le bras adverse, tout en envoyant un coup de coude.

Il y a plusieurs choses à travailler là dedans, la taille, mais aussi le placement qui doit devenir instinctif. Lorsque Monsieur Goubet est venu me montrer cette technique, je voyais le début et la fin, lorsque je me retrouvais la structure cassée et mon biceps dans mes dents 🙂
C’est lorsqu’il m’a pris les bras et m’a « fait agir », que j’ai pu entrevoir toutes les vrilles mises en œuvre et la finesse du placement.

La grue travaille sur une certaine rectitude de la colonne, mais autour de cela, tout peut bouger…

On a ainsi fait plusieurs exercices techniques, soit en travaillant sur une attaque, soit en partant d’une contrainte :
Par exemple, l’attaquant pose son poing sur la poitrine du « receveur », celui-ci absorbe (sans se déplacer), il vide la poitrine et (là, plusieurs variantes), il peut par exemple jouer sur le troisième pieds et donc la taille, dégager le bras offensif averse et utiliser le rebond pour contre attaquer.

Cette manière de réutiliser l’énergie, le rebond, le cercle va se retrouver dans de nombreux exercices :
Par exemple, on dévie une attaque d’une main en utilisant la taille, pendant que l’autre se servant de se mouvement de la taille contre-attaque.
Le rebond qui permet aussi d’absorber, peut aussi être utiliser pour contre-attaquer du même côté. En plus de tout ça, il y a les vrilles, les ondulations…

Les absorptions sont aussi utilisé lors des déplacements. La grue blanche travaille sur une certaine rectitude de la colonne, mais autour de cela, tout peut bouger, les épaules ou l’axe rectiligne de la colonne . Si la pression est faite sur la droite, en utilisant le souffle et la taille, ce n’est pas tant ce côté droit qui recule, que le côté gauche qui avance. La même chose peut être fait sur le haut et le bas.

A ce propos, pour « tenter » de me faire comprendre ces pleins et ces vides, le souffle qui bouge et les durs et les doux. Le vendredi soir, à un moment, Edmond Goubet m’a mis les mains sur son thorax (en les changeants de place à certains moments) et à fait « bouger » le souffle. j’ai bien senti le « souffle bouger », ce qui donne une sensation de vague. Pour le dur, à un moment en amenant le souffle sur le haut du côté droit de son torse, j’ai senti une sensation de dur au niveau du pectoral, mais pas comme dans une « contraction habituelle » qui ramène densifie et se rétracte sur elle même. Mais une densification qui vient de l’extension dut au souffle.

ken-545Le stage a continué, passant à quelques « drills » (enchaînements rapides), dont deux sur des attaques sur crochets. L’un un peu particulier pour un pratiquant de wing chun de Hong Kong, était un travail de déviation des crochets avec bong (cf image). En fait cela combiné avec un retrait de la tête (ciel) et de l’axe de la colonne, le tout grâce à la taille, cela se fait sans problème si l’on est dans le bon timing.

On a ensuite retravaillé le tuishou de la veille, puis un autre, avant de travailler sur des sorties de saisies (saisie de l’avant bras).

On a ensuite fini par san zhan.

Conclusion

Tout on l’on du stage, on a travaillé, ce qui est pour moi l’intérêt de la grue, une utilisation différente du corps (par rapport à une utilisation classique), alliée à certains concepts technico-tactiques. En application la grue est très simple, Edmond Goubet l’a démontré plusieurs fois, on écarte les bras de l’adversaire en le déstructurant, et on utilise l’ondulation pour lui envoyer un coup de boule, en profitant de son déséquilibre. C’est d’autant plus intéressant lorsqu’il le démontre sur nous, car il est pas très lourd (il est un peu du gabarit d’Ip Man) et pour tant, il joue avec nous sans problème et s’il veut, on ne voit rien, même à une vitesse de taiji \(^^)/ .

Je remercie M, Goubet pour ce stage très intéressant, mais aussi les pratiquants de grue manceaux (dont certains sont sur kwoon et on attends leurs compte-rendu sur le forum), mes compagnons de jeux habituels en grue, mais aussi John Squier et ses élèves, toujours aussi sympathiques.


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