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Usagi Yojimbo, le « lapin garde du corps », inspiré du personnage réel de Miyamoto Musashi – un samouraï légendaire – est une oeuvre mettant en scène des animaux anthropomorphes créée par l’artiste américano-japonais Stan Sakai. La série, qui a débuté il y a plus de 25 ans, publiée en France au format manga par les éditions Paquet, mélange intrigues courtes et histoires longues, et présente une foule de personnages secondaires. Elle prend place dans un japon féodal, dont les sources sont autant issues de recherches historiques très précises que du bestiaire fantastique japonais, ou encore du cinéma et de la pop culture…

Le personnage d’Usagi Yojimbo naît en Californie en 1984 et bénéficiera de l’engouement pour les Teenage mutant ninja turtles (les Tortues ninja) qui permit la création d’autres comics en noir et blanc avec des personnages animaliers anthropomorphes. L’histoire paraît en fascicules compilés en un volume tous les ans (comme il est d’usage pour les comics), bientôt suivie par plus de 10 adaptations en langues étrangères. Né au Japon, Stan Sakai a passé son enfance à Hawaii, où il bénéficie d’une double influence culturelle, et devient fan de BD de super héros, dont celles de Stan Lee, Jack Kirby, Steve Ditko. Il part s’installer par la suite en Californie où il rencontrera celui qui deviendra son grand ami, le cartoonist de MAD, Sergio Aragones, dont il devient le lettreur sur la série Groo, et qui sera son mentor sur le processus de création de comics.

Côté histoire, plantons le décor : Japon, fin du xvième  siècle, nous sommes en une période instable de complots, d’assassinats par des ninjas, de guerres de pouvoir… Usagi, enfant, recevra une formation peu commune dans une montagne, loin des dojos, à porter des sceaux d’eau, couper du bois, et éviter des coups de bâton surprises de son maître Katsuichi, un lion-ermite. Suite à un tournoi, il deviendra samouraï (« celui qui sert ») du clan Mifune qui sera par la suite annihilé lors d’une bataille entre clans rivaux… Survivant à la mort de son seigneur, il devient un rônin, un samouraï sans maître. N’ayant pas su saisir sa chance avec son amour de jeunesse, sans famille – du moins le croit-il – il est libre de parcourir le Japon pour affiner son art du sabre, toujours en suivant un code d’honneur et en gardant un cœur généreux. Ses pérégrinations l’amèneront à participer à de nombreuses aventures et à recroiser et régler des comptes avec ceux qui ont fait chuter son défunt seigneur.

La série est dotée d’un nombre impressionnant de personnages secondaires tel Gennosuke, un rhinocéros chasseur de primes, inspiré du rôle de Toshiro Mifune dans Yojimbo d’Akira Kurosawa. « Gen », ami improbable avec lequel Usagi formera un tandem aux personnalités pour le moins contrastées! Usagi célibataire rencontrera de nombreux personnages féminins : la samouraï Tomoe Ame avec qui il entretient une relation trouble qui culminera lors d’une cérémonie du thé ; une petite renarde, un brin voleuse, qui fait ce qu’il faut pour s’en sortir ; où encore une guerrière ninja chassée par son clan…

La série alterne des histoires courtes avec des cycles plus longs, et dont on aura parfois la conclusion bien des volumes plus tard. Tout au long de la série, les histoires se mêlent et les personnages se croisent, créant une impression d’un univers extrêmement fort et compact, où la surprise de retrouver de vieux amis – ou de vieux ennemis – peut naître au détour de chaque page. Certaines histoires permettent de découvrir la manière de vivre de l’époque ou certains métiers : l’art de la ferronnerie, de la poterie, la création de cerf-volant, la vie paysanne, dans les quartiers de plaisir ou dans un monastère de montagne, ainsi que l’évolution sociale des samouraï sans emploi… La série sait changer de genre, passant par moments, au gré des personnages secondaires, dans le registre policier avec l’inspecteur Ishida, ou encore le fantastique, avec le chasseur de démons Sasuke, les yokai (monstres du bestiaire fantastique japonais) et le sinistre Jei-san qui semble immortel et dont la lame est aussi noire que son âme…

Des clins d’oeil au cinéma ou à d’autres oeuvres parsèment la série : les 7 samouraïs d’Akira Kurosawa, Baby Cart de Kazuo Koike qui devient pour l’occasion « le bouc solitaire », le travail de Hiroshi Hirata, des crossovers avec les Tortues Ninjas. Stan Sakai sait retranscrire ses recherches minutieuses sur le Japon et traite de sujets historiques comme l’arrivée du christianisme ou de la poudre. L’un des moments phares de la série demeure le cycle Faucheuse d’herbe, qui se verra couronné d’un Eisner Award (meilleure histoire à suivre), équivalent des Oscars dans le milieu du 7ème  art. Stan Sakai nous replonge dans le shintoïsme et la naissance mythologique du Japon, et nous narre l’histoire de la fameuse épée des dieux, la Faucheuse d’herbe, qui jouera un rôle central dans la série… La série Usagi Yojimbo a fait récemment une pause, le temps que Stan Sakai se consacre à un projet le taraudant depuis des années : la fameuse histoire des 47 rônins. Il s’y fait assister de Mike Richardson pour l’histoire et de Kazuo Koike (le créateur de Lady Snowblood, oeuvre qui a inspiré Quentin Tarantino pour Kill Bill) comme conseiller technique. Après cette histoire, Sakai confiait récemment retourner à Usagi, via une mini-série, sur un autre projet qui lui tient à cœur depuis longtemps, une insertion de la Guerre des mondes de H.G. Wells dans l’univers de Usagi Yojimbo

Croquis de Stan 2012

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