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denis-fossion_interview_clive-potterInterview de Clive Potter, élève direct de Maître Wong Shun Leung, réalisé par Denis Fossion et traduit par Violaine Sauze.

Denis Fossion : Bonjour Clive Potter et merci de bien vouloir répondre à cet interview.
Clive Potter : Bonjour, c’est avec plaisir.

Denis Fossion : Quel a été votre parcours dans les arts martiaux avant de commencer le Ving Tsun ?
Clive Potter : J’ai commencé à pratiquer les arts martiaux à l’âge de 18 ans. À cette époque, je faisais du judo. En 1970, j’ai rencontré Anthony Kan, qui gérait un restaurant chinois de ma ville. Il est rapidement devenu mon ami. Comme nous aimions tous deux les arts martiaux, nous avons décidé de nous entraîner ensemble. Nous avons commencé à suivre des cours de Tae Kwon Do deux fois par semaine. Cependant, des serveurs et des cuisiniers qui travaillaient au restaurant d’Anthony nous montraient différents styles de Kung Fu. Cet art martial était très populaire à cette époque grâce aux films de Bruce Lee. Quand je pense que, quelques années plus tard, j’allais m’entraîner avec le professeur de Bruce Lee ! Étant donné mon intérêt pour le Kung Fu, j’ai trouvé une école à Londres où j’ai appris le style de la Mante religieuse et le Tae Kwon Do. J’ai pratiqué ces deux arts martiaux jusqu’au moment où Anthony est devenu ami avec un autre Chinois qui pratiquait le Ving Tsun.

Denis Fossion : Qu’est-ce que le Ving Tsun ?
Clive Potter : Pour faire court, le Ving Tsun est la manière la plus rapide de vaincre un ennemi qui vous attaque dans la rue. En raison de sa nature, il n’est pas fait pour les compétitions, mais pour sauver votre vie lorsque celle-ci est en danger.

Denis Fossion : Pourquoi ces différences de termes : Wing Chun, Ving Tsun, Wing tsun, …?
Clive Potter : Aucune différence n’existe entre les appellations Wing Chun, Ving Tsun ou Wing Tsun. Nous tentons de retranscrire un son chinois en langue occidentale. Or, les sons chinois ne peuvent pas être écrits avec précision dans nos langues. Nous essayons par conséquent d’écrire un mot qui est le plus proche possible du son chinois. Par exemple, le son du deuxième mot n’est pas « Ts » ou « Ch », mais un son qui s’en approche. Si vous désirez vraiment savoir comment le chinois rend le son en langue occidentale, allez à Hong Kong, et regardez les signes figurant au-dessus du siège de l’association athlétique de Ving Tsun. Vous verrez que les mots sont écrits avec un « V » et un « Ts ».

clive-potter_baton_wing-chunDenis Fossion : Pourquoi existe-t-il des différences entre les écoles ?
Clive Potter : La principale différence entre les écoles de Wong Shun Leung et les autres écoles réside dans le fait que la méthode de Wong Shun Leung se fonde sur les concepts et les idées développés par les élèves et non sur des techniques. Les élèves ne vont en effet pas apprendre quelque chose d’automatique : si l’ennemi fait ça, alors tu dois réagir de telle manière. Le développement personnel du Ving Tsun de Wong Shun Legun est basé sur ses expériences lors des combats réels qui avaient lieu à cette époque, sur les toits.

Denis Fossion : Quand et avec qui avez-vous commencé à pratiquer le Ving Tsun ?
Clive Potter : J’ai commencé à apprendre le Ving Tsun à la fin des années 1970 dans une école de Joseph Cheng, qui appartenait à la lignée de Lee Shing. Cette lignée venait de Chine, et non pas de Hong Kong comme celle de Yip Man.

Denis Fossion : Quand et comment avez-vous rencontré maître Wong Shun Leung ?
Clive Potter : En 1985, Duncan Ma, un ancien élève de Wong Shun Leung et ami d’Anthony Kan, m’a présenté à Wong Shun Leung. À cette époque, Wong Shun Leung était en voyage au Royaume-Uni, car il donnait un séminaire à Londres. Duncan avait organisé la visite de Wong Shun Leung au restaurant chinois d’Anthony. J’ai également été invité afin de le rencontrer. Wong Shun Leung nous a pris, Anthony et moi, comme élèves. Nous avons par conséquent commencé à apprendre le Ving Tsun selon la méthode de Wong Shun Leung.

Denis Fossion : Comment l’avez-vous trouvé (martialement et humainement) ?
Clive Potter : Wong Shun Leung était un homme très modeste. Il était très célèbre dans le monde du Ving Tsun, notamment parce qu’il a été le maître de Bruce Lee. Cependant, il est resté le même. Je le respectais à la fois pour cette qualité et pour ses compétences en Ving Tsun. Il parlait un peu anglais et nous racontait toujours des blagues. C’était un homme heureux et intelligent qui traitait ses élèves comme ses égaux. Son Ving Tsun était très précis et puissant. Lorsque vous faisiez le Chi Sau avec lui, vous ne sentiez pas ses bras, jusqu’au moment où il vous frappait !

Denis Fossion : En quoi consistait l’apprentissage du style de maître Wong Shun Leung ?
Clive Potter : Wong Shun Leung ne nous enseignait pas le Ving Tsun de façon habituelle. Il pensait que le Ving Tsun était quelque chose de personnel et que chaque individu devait apprendre des outils puis les développer de lui-même, tout en suivant ses conseils. Lorsque je me suis entraîné à Hong Kong, il n’y avait pas de classe à proprement parler. Tout le monde s’entraidait. Nous ne faisions pas beaucoup de drills pour nous entraîner. Si Wong Shun Leung voyait que quelque chose n’allait pas avec votre Chi Sau, il faisait alors un drill de temps en temps pour vous permettre de résoudre le problème. Nous ne devions pas payer de frais d’équipement. Il n’existait ni grade ni uniforme. Les élèves portaient ce qu’ils voulaient.

clive-potter_won-shun-leung_wing-chunDenis Fossion : Parlez-moi des concepts.
Clive Potter : Siu Lin Tau signifie « la petite idée ». Wong Shun Leung préférait toutefois l’appeler « la jeune idée », car cette expression sous-entendait que cette idée pouvait grandir. Comme je l’ai mentionné, la méthode de Wong Shun Leung se base sur des concepts et des idées développés par les individus et non pas sur des techniques à appliquer (pour telle attaque, je dois réagir de telle manière). Les réponses aux attaques doivent venir des sensations et du cœur, mais pas de combinaisons déterminées à l’avance. C’est pourquoi il est nécessaire de s’entraîner de nombreuses heures en Chi Sau afin d’acquérir des réponses naturelles aux attaques de l’ennemi lorsqu’on se trouve au corps à corps.

Denis Fossion : Que recherchez-vous dans vos écoles et celles de vos élèves ?
Clive Potter : De l’enthousiasme, de la loyauté, de l’engagement, de l’ouverture d’esprit et de l’honnêteté. Je veux également sentir qu’ils peuvent poser des questions.

Denis Fossion : Comment enseignez-vous ?
Clive Potter : J’enseigne le Ving Tsun de la même manière que Wong Shun Leung, c’est-à-dire de façon très informelle. Il est important qu’une partie de l’entraînement soit consacrée à des discussions et à la compréhension. Malheureusement, il est difficile de faire cela avec une grande classe, ou une classe gérée comme un cours de karaté, où les étudiants défilent et s’entraînent de façon militaire. Je pense qu’une classe ne devrait pas dépasser 10 élèves.

Denis Fossion : Qu’est-ce qui a changé au fil du temps durant vos années d’enseignement ?
Clive Potter : Beaucoup de choses ont évolué depuis que j’enseigne. Comme l’a fait Wong Shun Leung, j’ai moi-même développé mon Ving Tsun au fil des années afin d’avoir mon style personnel. Beaucoup d’élèves de Wong Shun Leung ont fait de même dans le monde entier, à partir de leur propre expérience. Le Ving Tsun de Wong Shun Leung juste avant sa mort n’était pas le même que celui de sa jeunesse. Il l’avait développé à sa façon.

Denis Fossion : Vous parlez souvent de Tai Chi. Que vous a-t-il apporté ?
Clive Potter : Wong Shun Leung est mort en 1997. Depuis lors, j’ai continué à m’entraîner avec mon ami Anthony Kan. Cependant, en 2007, Anthony s’est rendu en Chine, où on lui a présenté un vieil homme qui enseignait le style Yang du Tai Chi. Anthony s’est rendu compte que, malgré ses 40 années de Ving Tsun, il était moins fort que cet homme de 80 ans. Nous avons donc décidé d’apprendre auprès de ce maître. En effet, nous étions de plus en plus vieux, et nous avions besoin de pratiquer le Ving Tsun de façon plus détendue et plus douce si nous voulions être capables de continuer à nous battre. Le nom de ce grand maître était Fang Ning. Il était connu à travers toute la Chine pour ses compétences. Depuis ce jour, je vais chaque année en Chine avec certains de mes élèves afin d’apprendre de nouvelles choses auprès de Fang Ning. Selon moi, le Tai Chi est un composant de mon Ving Tsun, et non pas un style de combat différent. Le Tai Chi permet de rendre le Ving Tsun plus doux, beaucoup plus efficace et beaucoup plus puissant une fois que le concept de structure a été bien compris. En outre, c’est la partie basse du corps qui est utilisée en combat, au lieu de la partie supérieure du corps.

Denis Fossion : Vous êtes sujet à des critiques. Savez-vous pourquoi ?
Clive PotterP : Des années auparavant, les critiques m’affectaient et m’agaçaient. Cependant, chacun est en droit d’avoir une opinion, même si, dans mon cas, les critiques et les opinions proviennent de personnes que je n’ai jamais rencontrées ou à qui je n’ai jamais parlé, même sur Internet. Maintenant, j’ignore les critiques sur Internet, même si elles me sont directement adressées. Dans ces cas, j’explique aux personnes que je ne discuterai pas avec elles, mais qu’elles sont les bienvenues chez moi si elles veulent prendre une tasse de thé et parler avec moi. J’écouterai alors leurs critiques. Nous pourrons bavarder, nous montrer notre Ving Tsun et partager en tant qu’amis. Certaines personnes l’ont d’ailleurs fait, et sont venues me rendre visite. Elles ont trouvé cette expérience bénéfique pour leur apprentissage du Ving Tsun. À ceux qui diraient « tu n’utilises pas le style de Wong Shun Leung », je dois répondre en premier lieu « oui, mais le style de Wong Shun Leung à quel moment de sa vie ? » Une seule personne peut être comme Wong Shun Leung, et c’est Wong Shun Leung lui-même. De nombreuses différences existent entre les élèves directs de Wong Shun Leung à travers le monde, étant donné que tous adhèrent à la philosophie de Wong Shun Leung, qui consistait à développer et à faire évoluer leur Ving Tsun d’eux-mêmes.

Denis Fossion : Comment envisagez-vous l’avenir du Ving Tsun ?
Clive Potter : Partout dans le monde, le Ving Tsun devient de plus en plus populaire. Grâce à Internet, les gens peuvent avoir un aperçu des différents styles de Ving Tsun et se faire leur propre idée du style qui leur correspond. Internet a heureusement permis aux gens d’être plus larges d’esprit et de réaliser qu’aucun style de Ving Tsun n’est supérieur à l’autre. Les styles sont simplement différents. Récemment, j’ai assisté à un séminaire de Ving Tsun destiné à collecter de l’argent pour la recherche contre le cancer. Des professeurs de différentes lignées ont participé et en ont fait un très grand séminaire.

Denis Fossion : Je vous remercie de m’avoir permis de faire cet interview.
Clive Potter : Merci aussi, Il n’y a pas de quoi.

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