Jérôme de Gerlache Masterfight s’est entretenu avec Jérôme de Gerlache au sujet de sa vidéo 96 Boxing Club.

Masterfight : Tout d’abord, pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?
Jérôme de Gerlache : Je suis réalisateur de film (fiction et publicité) et parallèlement à cela je réalise des portraits de personnalités que je rencontre au gré des aléas de la vie dont l’univers m’interpelle. Des artistes, des artisans… et des boxeurs.

MF : Pratiquez-vous une discipline de combat ?
JdG : Non, à moins que le triathlon longue distance Iron Man en soit une.

MF : Comment vous est venue l’idée d’un film sur le muay thai ?
JdG : J’étais déjà allé en Thaïlande l’année dernière pour le tournage d’une publicité, et nous étions allés voir un combat de Muay Thai dans un grand stade. J’avais réalisé un premier sujet, une sorte de repérage. Lorsque j’ai eu la confirmation que je retournais à Bangkok pour un nouveau tournage publicitaire, j’ai demandé à la boite de production Yellow Moon Films (qui me représente là-bas) de trouver un lieu où je pourrais faire le portrait de jeunes boxeurs. Ils ont tout de suite été emballés par le projet et m’ont proposé de le produire, c’était super cool.

Lors du premier combat j’avais été très surpris de l’âge des combattants, de leur détermination. La violence des coups et l’intensité du combat avaient une vraie dimension dramatique que je voulais réussir à capter. J’ai donc tout fait pour pouvoir caser dans l’emploi du temps plutôt très chargé de la prépa du film publicitaire ces différents temps de tournages. Et je n’ai pas été déçu.

Yellow Moon avait trouvé le lieu parfait et le casting des boxeurs était idéal. Jang (la fixeur) est une jeune femme très habituée des sujets sur la boxe et sa connaissance du « milieu » a été un atout très précieux pour le sujet car j’avais en réalité très peu de temps pour le faire.

MF : Quel message ou quelle vision souhaitiez-vous faire passer par cette vidéo ?
JdG : Ce film parle d’espoir, de transmission, et de ténacité. Souvent ces jeunes gens boxent depuis l’âge de 4-5 ans. Le premier a été initié par son grand-père dès son plus jeune âge. Ils parlent beaucoup de respect et de transmission.

Ils vivent dans des camps d’entrainement où ils s’entrainent entre 5 et 7h par jour. Ils sont nourris, logés, blanchis, et donnent une partie des revenus des combats en échange de ces services. Ils vont à l’école le matin et s’entrainent tous les après-midi. Ils sont très courageux et déterminés.
J’ai tenté de retransmettre leur sérénité et le courage qu’ils ont.

Jéröme de Gerlache avec les boxeursLe Muay Thai est fascinant pour moi car j’ai été frappé par le respect entre les combattants. Dès que le combat s’arrête ils ne montrent plus aucun signe d’agressivité, c’est vraiment très troublant. Evidemment la durée de leur carrière n’excède pas 20-22 ans, et leur rêve à tous est de devenir un grand champion. Pour parvenir à cela, l’intensité de leur entrainement est vraiment impressionnante. Ils vivent dans ce camp tous ensemble dans deux pièces sous un pont d’autoroute dans un environnement plutôt rudimentaire.
Ils m’expliquaient qu’on les traitait bien, ce qui n’est visiblement pas le cas de tous les camps d’entrainement.

J’ai ressenti beaucoup de bienveillance de la part des entraineurs du club, ils ont un rapport très touchant avec les jeunes boxeurs. Ce que j’ai également aimé dans les jeux du hasard c’est qu’un des deux boxeurs a perdu son combat. Ce qui représentait bien la réalité de ce sport. On peut très bien sur un mauvais coup perdre un match et se retrouver au tapis malgré une détermination sans faille. Je n’ai donc pas eu une sorte de vision « idéalisée » du combattant, c’était vraiment bien pour illustrer différentes facettes de leur réalité. Un gagne, l’autre perd, c’est la vie. On aimerait bien que le héros gagne à chaque match, mais dans la vie ce n’est pas le cas, et c’est très bien aussi. J’ai vraiment eu mal au coeur pour lui lorsqu’il est tombé au tapis. Mais il faut dire que ce jour là sur les 7 matchs auxquels j’ai assisté, 5 se sont finis au tapis !

Ça a vraiment été une très belle expérience pour moi de partager un peu de temps avec eux et de découvrir d’un peu plus près l’univers du Muay Thai. Je réfléchis actuellement à la possibilité de retourner là-bas et d’en faire un sujet plus long.

MF : N’hésitez pas à revenir vers Masterfight pour en faire la promo le moment opportun, ce sera avec plaisir.
JdG : Merci pour l’attention que vous portez à mon travail !

Entretien réalisé le 14 septembre 2013