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guillaume-souvant_photographeDes fourmis à la boxe, le parcours du photographe Guillaume Souvant est des plus intéressants et la bio de son site est des plus impressionnante.

Photographe indépendant, il travail pour de nombreuses institutions et magazines mais principalement pour la presse quotidienne par le biais de La Nouvelle République, Reportages, Le Monde, VSD, Le Nouvel Obs, Le Point, France Soir, Içi Paris, Images du Monde, etc.

On peut donc y lire des débuts en photo animalière… mais une question me taraude : pourquoi prend-t-on un jour son appareil pour photographier des boxeurs plutôt que des formicidés ? Une commande ? Le hasard ? La passion ?

Lorsque je lui ai posé la question, M. Souvant me répondit en ces termes :
Guillaume Souvant : J’ai commencé avec la photo animalière mais en travaillant comme pigiste, les obligations sur l’actualité m’ont naturellement amené à traiter des sujets sportifs et le fait de pratiquer moi même un art martial a fait le reste.
Je suis sensible aux images de part mon métier et en regardant ce fabuleux film de Clint Eastwood « Million dollar baby », la façon dont il a travaillé la lumière de manière subtile autour de la boxe m’a donné envie de faire la même chose mais en photo. J’aime beaucoup cette ambiance de clair-obscur et comme les photos de nus m’emmerdent profondément j’y trouve mon compte sur des corps en mouvement. En fait j’essai de retrouver les lumières d’un portraitiste en faisant de la photo de sport, c’est moins barbant, ça bouge plus !

guillaume-souvant_photographe_07Masterfight : Comment se passe une de vos interventions dans les évènements ? Vous prenez contact avec l’organisation, vous avez carte blanche sur vos emplacements de shoot, vous demandez un éclairage particulier ?
GS : Pas d’emplacement particulier à la boxe, je suis au bord du ring. Je considère quel que soit le sujet d’ailleurs que c’est au photographe de s’adapter et pas l’inverse. C’est moi qui tourne autour de mon sujet pour en rechercher le meilleur angle, la meilleure lumière.
Je n’ai pas d’éclairage additionnel, le ring est suffisamment éclairé. Le reste c’est du dosage, au coup par coup. L’expérience y fait pour beaucoup je crois. Une fois que l’on est calé c’est bon.

MF : Quel matériel utilisez-vous et avec quels réglages ?
GS : Je travaille toujours en manuel sur le boitier. Je fais tout à la main, comme en avion, je garde le manche ! Pas de pilotage automatique !

Je bosse au Nikon en grande partie et au Leica pour les ambiances. Quand j’ai ce qu’il me faut je passe sur des optiques à mise au point manuelle (là en général je passe pour un extra-terrestre vis à vis des autres photographes qui bossent en AF !), l’avantage c’est que je me fais plaisir et je fais la mise au point où je veux. En revanche il faut être rapide car ça bouge.

Je suis assez sensible aux basses lumières et contre jour, j’aime ces différences de contraste qui mettent les corps en valeur.

guillaume-souvant_photographe_06MF : Avez-vous une photo sportive dont vous êtes particulièrement fier… même si elle n’a pas été retenue par vos clients ? Et dites nous pourquoi !
GS : En fait c’est très dur d’avoir une photo préférée car il y a plusieurs images qui peuvent retenir mon attention pour des raisons diverses d’ailleurs. Tout dépend s’il s’agit de photo sportive en général ou alors juste dans le domaine des arts martiaux. Aujourd’hui je m’attache plus à des images d’ambiances, le travail de la lumière ou le cadrage plutôt qu’une photo pure de combat. Il y en a tellement, on en voit partout. J’ai mis en exemple cette photo de Fabio Pinca VS Aïk Pracha qui fait un mouvement parfaitement symétrique à celui de son adversaire mais pendant le combat, donc c’est le pur hasard, un concours de circonstances unique en une fraction de seconde, comme un miroir.

C’est ce moment là aussi qui est grisant, le fait de savoir qu’à l’instant où vous appuyer sur le déclencheur l’image est bonne.
Je ne suis pas un fana du déclenchement, j’aime sentir la lumière, le cadrage, je travaille à l’ancienne. Je ne regarde que très rarement mon écran, avec l’expérience on sait si la photo est bonne ou pas. Le viseur est le prolongement de votre oeil, de votre cerveau.

Ce qui me semble plus important ce sont les instants que l’on vit au moment de la prise de vue. Pour moi la photo c’est un échange, je suis plutôt fier de partager des moments magiques, des victoires, des douleurs d’un sportif. Le moment de sa consécration ou alors la souffrance pendant les nombreux entrainements. C’est en rentrant dans l’intimité de l’athlète, en partageant certains instants avec lui pour réaliser un reportage sur plusieurs jours que je me sens surtout privilégié. Je vois, j’entends et je vis des choses que les autres ne voit pas. ( en exemple les images d’Angélique Pitiot championne du monde qui va voir son adversaire inconsolable, qui pleure dans le coin avec son coach)

MF : Dites nous quel est le personnage qui vous a le plus impressionné jusqu’à maintenant !

GS : Dans les sportifs les plus impressionnants, les combattants tel que Buakaw ou Aik Pracha sont vraiment hallucinants ! Ils ont une maîtrise, une puissance…
Les moines shaolins sont également des « athlètes » extraordinaires. Cela va même au delà des possibilités physiques, il y a la maîtrise du corps et de l’esprit. J’ai vu des choses difficiles à croire avec ces combattants et pourtant il n’y avait pas de « trucages » ni de magie.

Merci beaucoup pour cet échange Guillaume et au plaisir de vous croiser autour d’un ring !

Guillamue Souvant sera présent à la Nuit des Titans à Tours le 2 février.

Site officiel : Guillaume Souvant


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