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Le film d’Edward Zwick Le dernier Samouraï, dans lequel l’acteur Tom Cruise tient le rôle principal est une référence dans le cinéma de genre d’arts martiaux notamment depuis ceux d’Akira Kurosawa. Ce film magnifique aux impressionnantes scènes d’actions est tiré de faits existants mais n’est cependant pas une référence sur le plan historique. Si le scénario s’inspire de l’aventure militaire d’une mission française envoyée au Japon sur ordre de Napoléon III, pour former et encadrer les armées de Tokugawa Yoshinobu, le réalisateur a pris certaines libertés avec la véritable histoire. Parmi les principaux points, on relèvera des erreurs majeures et quelques incohérences.

En réalité, le thème du film est librement adapté de la guerre civile qui éclata au 19ème siècle dans un Japon alors en pleine période d’instabilité politique, nommée « guerre de Boshin », et de l’histoire d’un officier français, Jules Brunet, un polytechnicien spécialisé dans le génie militaire qui, à partir de 1868 avec plusieurs compagnons d’armes français, refusa de quitter le pays afin de rester fidèle au Shogun. Le Shogun étant un titre accordé au plus puissant des chefs des clans guerriers, ils furent les véritables maîtres du Japon de 1192 jusqu’à la restauration des pouvoirs impériaux en 1868 (1). Yoshinobu Tokugawa était le dernier shogun du Japon. Il faisait partie d’un mouvement qui visait à réformer le shogunat et avait à ce titre, établit des contacts diplomatiques avec la France, Napoléon III ayant alors accepté de participer à la construction de l’arsenal japonais et d’envoyer une mission militaire dirigée par le capitaine Jules Chanoine et chargée d’instruire les troupes aux techniques de guerre en usage à cette période.

Edward Zwick adapte donc son film par rapport à cette histoire. Dans son œuvre, l’histoire se situe en 1876 et met en scène Nathan Algren, un capitaine expérimenté qui, après avoir servi dans l’armée américaine contre les tribus indiennes, est appelé à entraîner les troupes nippones de l’empereur Meiji. Ce dernier souhaite en effet moderniser sa nation et se heurte à une caste de guerriers qui sont de farouches gardiens de la tradition féodale : les Samouraïs.

Lors d’une bataille opposant les Samouraïs aux bataillons de la nouvelle armée, Nathan Green est blessé et capturé puis emprisonné un temps dans leur village, dirigé par un certain « Katsumoto ». Il va alors petit à petit se familiariser à leurs coutumes puis se battre à leurs côtés.

Le film ne porte que sur un seul personnage or l’alternative du capitaine était certes individuelle mais en réalité pas isolée car Jules Brunet n’est pas seul dans son choix mais entouré de compagnons d’armes de la même nationalité (Fortant, Marlin, Cazeneuve, Bouffier) qui choisirent comme lui de rester au Japon et de continuer à soutenir le Shogun. Ils démissionnèrent de l’armée française et partirent pour le Nord du Japon avec ce qu’il en restait, dans l’espoir d’y organiser une contre-attaque. Jean Marlin et François Bouffier devinrent instructeurs de l’infanterie dans l’armée du shogun, Arthur Fortant quant à lui, était instructeur de l’artillerie.

De plus, avant d’intervenir au Japon, il n’a pas servi aux Etats-Unis contre les indiens mais au Mexique lors de l’expédition menée par Napoléon III qui débuta en 1861 et les scènes de guérilla contre les populations civiles ne sont pas comparables à ce que fut le siège de Puebla.

Par ailleurs, le film contient une scène purement fictive au cours de laquelle le héros doit faire face à une violente attaque de ninjas, ces mercenaires aussi appelés shinobi et souvent employés par les familles nobles, étaient spécialisés dans les missions d’infiltration et d’élimination. Ils étaient certes, les ennemis jurés des samouraïs dont ils ignoraient totalement le code d’honneur : le Bushido (2), mais Jules Brunet n’a jamais eu à se battre contre eux durant son séjour.

En outre, le réalisateur s’attache à conserver quelques éléments attestés. Si dans le film Nathan Gren apparaît fasciné par la culture nippone au point de noter sur un carnet ses impressions, il en était de même pour Jules Brunet qui gardera toute sa vie une grande admiration pour le Japon et qui dessinait des soldats du shogunat à une période ou les œuvres des peintres Hiroshigue et Hokusaï étaient encore bien mal connues en Europe.

Enfin, dans le film, Nathan Algren aurait définitivement déposé les armes puis se retire paisiblement dans la nature, en fait rentré à Paris, Brunet reçoit un blâme réglementaire pour ingérence dans les affaires politiques d’un pays étranger. Pour autant, il participera encore à la guerre franco-allemande à Metz où il sera fait prisonnier puis à la répression de la Commune de Paris.

1 – Cf. Encyclopédie des arts martiaux de l’extrême orient de Roland Habersetzer
2 – Cf. Encyclopédie des arts martiaux de l’extrême orient de Roland Habersetzer


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