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Naissance d’une légende : Wang Xiangzhai

Un beau jour de l’hiver 1885 en Chine dans un petit village de la province du Hebei, dans le nord du pays, pas très loin de Pékin, est né un petit garçon qui allait révolutionner la pratique des arts martiaux chinois.

Ce petit garçon, ses parents l’ont appelé Xiangzhai, WANG de son nom de famille.

Son père pratiquant le Xingyiquan avec maître GUO Yunshen l’a très vite fait accepté par son maître, et à 8 ans le petit Xiangzhai commençait les entrainements, où il s’y attelait avec ardeur mais aussi avec toutes les difficultés et les découragements que peut rencontrer un jeune garçon de son âge.

En 1905, à l’âge de 22 ans il rentre à l’armée à Pékin. Là, il sert de petite main et est utilisé pour les travaux d’entretien et de ménage. L’armée est pour lui, un moyen d’avoir un salaire et à survivre car sa famille, comme beaucoup à l’époque, n’était pas riche.

L’histoire raconte qu’un jour, un gradé le voyant transporter ses seaux, voulait s’amuser à ses dépens et a essayé de le bousculer. WANG Xiangzhai n’était pas encore un grand maître, mais déjà son entrainement de plusieurs années au xingyi quan lui avait conféré une très bonne stabilité et de solides pratiques martiales. Notre gradé se retrouve donc complètement déstabilisé quand il se retrouve lui-même par terre, et voit que ce jeune soldat continue sa route comme si de rien n’était alors qu’il le bouscule.

Cette aventure remonte jusqu’au commandant de la base, et notre jeune Xiangzhai se fait convoquer. Après quelques explications et démonstrations, le commandant, conquis, lui donne la place d’instructeur en wushu. Quelque temps plus tard en 1913, il devient directeur de l’institut de wushu de l’armée de terre.

Malgré tout, à l’intérieur de lui, il ne se sent pas une âme de soldat, et il n’a pas envie de faire carrière dans l’armée. Sa passion, c’est les arts martiaux, et il veut se lancer dedans.

En 1918, il quitte l’armée pour se lancer dans un voyage à travers la Chine où il va perfectionner sa pratique martiale en apprenant auprès de différents maitres et professeurs.

Il apprendra, entre autres, le style de la grue blanche, la boxe de wudang, le style de Shaolin, le bagua zhang.

 

Questionnement et révélations

Au fur et à mesure de ses découvertes et de sa pratique il se rend compte que les arts-martiaux de l’époque mettent beaucoup d’importance sur la forme (trop à son goût) et pas assez sur le fond. Dans un esprit critique, et avec toujours en tête l’idée de s’améliorer, il analyse tous ces styles, et cherche à en comprendre et en retirer le fond, l’essence.

Au bout de plusieurs années de pratique, de recherche, d’expérimentations et d’analyse, vers le milieu des années 1920, il lance son propre style qui changera le visage des arts-martiaux : Le YIQUAN (prononcer yi tchuenne).

La naissance du yiquan est donc l’aboutissement d’une longue recherche qui vise à épurer tout ce qui n’est pas, selon lui, réellement utile dans les arts-martiaux et en ne gardant que l’essence, qui elle, est applicable partout.

WANG Xiangzhai veut alors tester l’efficacité de son style et recherche autant qu’accepte tous les challengers qui sont d’accord pour le défier.

Il est dit qu’il n’a perdu aucun de ses combats.

En parallèle, il développe son style en l’enseignant dans la région de Pékin. Rapidement il gagne en réputation et certains de ses élèves vont même jusqu’à en changer le nom et l’appellent le Da cheng quan (la boxe du grand accomplissement).

Wang Xiangzhai n’a jamais vraiment accepté cette appellation car il considère que l’accomplissement est plus sur le chemin, et que son style de kung fu est vivant, donc toujours en évolution, et jamais vraiment complètement abouti.

 

YAO Zongxun, successeur de WANG Xiangzhai

 

Encore plus loin

Un jour de 1937, alors qu’il faisait une démonstration, un jeune homme de 20 ans, nommé YAO Zongxun, diplômé en littérature à l’université de Pékin, et pratiquant aussi les arts-martiaux, découvre ce style et son fondateur.

Conquis, il se lance alors pleinement dans la pratique du yiquan, et l’amènera encore à un niveau encore plus élevé.

3 ans plus tard, il assume même la lourde charge de représenter son maître lors des challenges, qu’il ne perdra jamais non plus.

Il assume aussi la partie combat des cours de son maître WANG Xiangzhai, qui lui, se focalise plus sur la partie santé.

Vers 1945, WANG Xiangzhai désigne officiellement YAO Zongxun comme son successeur et représentant officiel. Ce dernier redonnera d’ailleurs le nom officiel de Yiquan au style.

YAO Zongxun développe alors cette pratique en ouvrant plusieurs classes autant au public que dans des organismes officiels et gouvernementaux.

Contrairement à beaucoup de styles de l’époque, il est très généreux dans ses explications, considérant que, pour que le style se développe de façon correcte et que les pratiquants puissent bien l’intégrer, il faut démystifier toutes les pratiques et les rendre les plus concrètes et explicables possible.

En 1953, la famille de YAO Zongxun s’agrandit et voit naître deux fils jumeaux Chengguang et Chengrong.

A l’âge de 8 ans, en 1961, le petit Chengguang, le premier sorti des jumeaux, commence à apprendre le yiquan, tous les soirs à la sortie de l’école.

 

YAO Chengguang, président de Beijing Yiquan Institute, Beijing Zongxun Wuguan

 

Un nouvel élan pour le kung fu

WANG Xiangzhai meurt en 1963 et ne connaîtra pas les difficultés qu’a connues son disciple pendant la révolution culturelle, où il est exilé en campagne, dans la banlieue de Pékin avec interdiction d’enseigner.

A la fin de la révolution, vers 1976 YAO Zongxun voit que le style commence à péricliter car il ne reste que très peu d’élèves qui pratiquent encore.

En 1979, et pendant 5 ans, il se décide alors d’enseigner tout son savoir, de façon très intensive, à une poignée d’élèves qui deviendra la troisième génération.

De cette poignée d’élève, il n’en reste aujourd’hui que trois qui continuent à l’enseigner de façon permanente à Pékin ou dans les environs: ses deux fils YAO Chengguang et YAO Chengrong, et CUI Ruibin.

YAO Zongxun s’éteindra en 1985, et c’est YAO Chengguang qui deviendra le président de « Beijing Yiquan Institute, Beijing Zongxun Wuguan » l’école de yiquan fondée par son père.

Aujourd’hui ces trois grand maîtres sont connus et reconnus à travers le monde, et continuent au niveau international autant que national, de répandre le yiquan.

Dans l’article « qu’est-ce que le yiquan« , nous verrons plus en détail en quoi consiste cette discipline.


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