« Judo » est un terme japonais qui signifie littéralement « voie de la souplesse » pour « Ju » = la souplesse et « do » = la voie. Cette discipline fut crée en 1882 par Maître Jigoro Kano à Shitaya (Tokyo), qui avait alors 22 ans. Le souhait de son fondateur était de créer une méthode visant à mieux utiliser les ressources physiques de mentales de l’homme. La légende raconte qu’il découvrit les principes du judo en remarquant que les branches d’arbres réagissaient différemment sous le poids de la neige en hiver. Les plus grosses cassaient alors que les plus souples se pliaient et se débarrassaient de la neige (« l’agresseur ») avec souplesse. La voie de la souplesse était alors née.

Jigoro Kano avait conscience que le jiu-jitsu (point de départ du judo), tel qu’il était pratiqué n’était plus adapté à l’époque moderne qui était la sienne. Les techniques étaient parfois très dangereuses à apprendre. Jigoro Kano a donc banni toute violence inutile aussi bien pour celui qui l’éxecute (« tori ») que pour celui qui subit (« uke »). La technique n’était alors plus qu’un moyen pour développer un état d’esprit constructif. La démarche qui consistait à transformer une méthode guerrière, marquée par sa rudesse, en une discipline du « Budo » (c’est à dire un art martial pratiqué dans le cadre d’une voie éthique) fut un réel succès. En outre, afin de faciliter l’enseignement, il le codifia sous forme de « katas », des séquences techniques dont le déroulement produit un schéma de combat entre un ou plusieurs adversaires. Les « katas » constituent l’élément essentiel de la transmission de la tradition du judo. C’est en février 1882 que Jigoro Kano ouvrit son premier « Dojo » (centre d’étude et d’apprentissage) et comptait alors moins d’une centaine d’élèves mais lorsque les champions eurent définitivement battu la plupart des nouveaux formés dans les écoles de jiu-jitsu au cours de combats organisés, les performances et la renommée de l’institut de Maître Kano devinrent telles que le judo s’étendit largement au-delà des frontières nippones. L’essentiel de l’œuvre de Kano se situe dans les trois grands principes qui considèrent comme primordiale l’intervention de l’esprit et qui doivent être appliquées dans tous les domaines de la vie :

  • Le meilleur usage de l’énergie – « Seiryoku-zenyo »,
  • Le principe de la souplesse – « Ju-No-Ri »,
  • L’entraide et la prospérité mutuelle – « Jita-Kyoei »

Après la victoire militaire du Japon sur la Russie en 1905, le monde se penche sur le Japon et les cultures de cette île gagnent en notoriété. Mais l’histoire de l’introduction du judo dans l’hexagone débute réellement dès 1933 par la rencontre entre Maître Jigoro Kano et Moshé Feldenkrais puis la création du premier club de jiu-jitsu français. (la fédération française de judo sera fondée en 1946 et comptera 5700 licenciés en à partir de 1947).

Né en Russie en 1904, Moshé Feldenkrais entreprend très jeune de voyager à l’étranger. Arrivé en 1919 dans ce qui est alors la Palestine mandataire sous contrôle britannique, il participe à des actions d’autodéfense et des entrainements et devient un adepte des arts martiaux. Véritable pionnier du judo en France et en Grande-Bretagne, Moshé Feldenkrais réalise la convergence entre la culture traditionnelle nippone et les dernières découvertes de la science à cette époque. C’est par exemple grâce à ses connaissances scientifiques très pointues qu’il élabore une méthode originale basée sur le mouvement et son application (cette méthode porte désormais le nom de « méthode Feldenkrais ») dans laquelle il fait appel aux quatre parties intégrantes de l’action : le mouvement, la sensation, le sentiment et la pensée toutes regroupées dans une unité de fonctionnement.

A l’âge de 26 ans, il se rend à Paris et obtient un diplôme d’ingénieur en mécanique et électricité, mais donne parallèlement des cours de jiu-jitsu et s’initie petit à petit au judo, qui commence alors à se répandre dans le monde occidental. Il publie en français un livre sur le jiu-jitsu puis devient l’un des premiers européens à obtenir la ceinture noire de judo. En 1939, la seconde guerre mondiale frappe la France et la victoire de la wehrmacht s’accompagne rapidement des mesures antisémites.

Moshé Feldenkrais décide de passer en Angleterre ou il est recruté par les services scientifiques de la marine pour travailler dans la lutte sous-marine. Il donne des cours d’autodéfense sur place et publie en 1942 -en anglais- un manuel de Combat sans arme et un second ouvrage qui porte sur le judo. Décédé en 1984, il aura consacré les 30 dernières années de sa vie à enseigner sa méthode et à populariser l’art de Maître Jigoro Kano en Israël, aux Etats-Unis et en Europe.

 

Article initialement rédigé pour le journal périodique « l’ORAJGE » de l’AJGE, modifié et publié par « Masterfight »