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Vous ne restez pas sans marque après une rencontre avec Yon Costes. Il vous laisse entrer dans son monde comme si vous montiez sur le tatami : un salut, de la modestie, du respect ,de l’échange… Entre passionnés d’arts martiaux, la discussion devient un Yakusoku Geiko où les échanges de mots ont remplacé des atémis. Peu à peu les frontières s’effacent, il vous guide : le tatami devient toile, le sabre devient pinceau…

Entretien avec Yon Costes

la présence primordiale du corps.
Après quelques minutes de discussion, une chose vous frappe dans l’univers de Yon Costes : L’importance du Corps. Il est primordial. Sa présence est vitale et nécessaire dans sa peinture. Le corps est le fruit de son histoire mais aussi la source de son futur. Le pinceau n’est que le prolongement de sa main, de son corps, de son souffle. Dans sa peinture, on y retrouve la maîtrise du geste (contrôle ou pulsion), l’empreinte (le geste graphique est la marque de l’historique de cet artiste: son passé, ses émotions, son histoire, etc.), la trajectoire (le cercle, des lignes, des projections, etc.). Ce corps si présent dans l’acte pictural est aussi la trace de ses connaissances et de son appropriation de la gestuelle martiale. De l’art martial à l’art pictural, il n’y a qu’un pas. Tout en poursuivant ses études plastiques, il principalement pratiqué cinq arts martiaux. Il peint comme il pratique : avec sagesse, avec rigueur, avec une recherche de la mécanique du corps. Certaines toiles sont le résultat d’une encre projetée par le pinceau : où le sabre a été remplacé par l’outil de l’artiste. De ce fait, pour lui, faire de la calligraphie aurait été celle d’un occidental cherchant à imiter à un oriental. Alors laisser parler son corps par ce qu’il a été façonné par plus de 22 ans avait du sens. Il s’est attaché à lier les arts dramatiques (la danse et la musique), les arts martiaux et les arts plastiques . Tout se lie , tout se délie dans le monde de Yon Costes. Il a créé sa propre technique : le shôbudo, qui signifie  »voie de la calligraphie martiale ». Elle consiste à manier le pinceau comme un sabre tout en virevoltant comme un danseur, tout en exécutant les exercices d’un samouraï. De là naît son œuvre : fusion entre les arts, harmonie de l’esprit et du corps.

Les passerelles entre les cultures…
 »Proposer des passerelles entres les cultures, entre les matières » c’est transposer les arts : la danse aux arts martiaux, la peinture à la photographique, etc.  »Les cultures sont régies par aucune frontière ». L’espace s’efface, le temps est suspendu pour une éternité ou pour quelques instants sa toile.
Le patrimoine martial est la passerelle entre l’activité sportive et l’activité artistique. Le meilleur emploi de l’énergie dans le sport reste valable dans l’art pictural et il suffit d’utiliser sa force et les intentions pour avoir une recherche constante et une dynamique de perfection. Mais cela ne peut pas s’arrêter là. La culture martiale est dédiée à la paix extérieure et intérieure comme le sont les toiles de Yon Costes. Transposer le code moral des arts martiaux aux arts plastiques permet de mettre le point sur ce qui se passe dans le monde contemporain:
– le bouddha (objet de religieux) devient un objet de la grande consommation avec la tête coupée . Rejet de cette société où l’esprit est séparé du corps. D’où son nom : « Cogito » ( »je pense » en latin)
– La toile  » Montagne de feu » a été peinte lors des événements du Japon . Elle met en lumière la sourde et noire violence du tsunami et les fantômes que sont devenus des sinistrés japonais face à cette catastrophe.

Appliquer les principes de respect, contrôle de soi, amitié, honneur, modestie, courage, politesse aux mondes des arts plastiques pour porter ses valeurs à la société contemporaine est sans doute l’une des missions de Yon Costes.
 »SHIN » (valeur morale),
« GHI » (valeur technique),
« TAI » (valeur corporelle)
prend tout son sens dans le monde de Yon Costes.

Retrouvez-le le 25 juin à Ronchin au dojo de la rue Louis Braille lors de « un jour pour le Japon ».

A l’atelier :
Les granules,16 rue Boissy d’Anglas à Lille.
Numéro de téléphone : 03.61.50.31.26
Adresse Courriel : lesgranules[AT]gmail.com

Retrouvez M. Costes sur les liens suivants :
www.yon.book.fr
www.hanatsumiroir.com
lesgranules.blogspot.com

photos : Marian Ramon.

Diplômé d’un D.E.A. d’arts plastiques à l’Université de Rennes II, Yon Costes est également passionné par les arts martiaux, qu’il pratique depuis 1989. Après avoir fondé en 2004 le collectif HANATSU à Rennes avec la chorégraphie « Du trait à la sphère », il propose deux ans plus tard une méthode calligraphique, « Shobudo », entérinant sa recherche d’écriture du mouvement de façon picturale et photographique.
Directeur artistique de plusieurs projets, comme « Mitori Geiko » du budoka Jaff Raji ou «Kuro Shiro» avec Ken Kunthéa et Balir Ben Amor, Yon Costes vit et travaille à l’atelier GRANULES, à Lille, depuis 2008. Il expose régulièrement ses peintures et participe à de nombreux projets performatifs, d’édition ou d’ordre plastique.
Fortement marqué par ses recherches axées sur l’Extrême-Orient, il porte naturellement son travail sur les connivences esthétiques et théoriques entre la pratique plastique et ses activités corporelles variées. Emprunts d’empreintes, c’est la transposition d’un médium à l’autre, qu’il soit culturel, plastique ou technique qui l’interpelle.

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