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entretien christophe ksiazkiewicz aunkaiLoin d’être une discipline millénaire, l’Aunkaï a été mis au point par Minoru Akuzawa lors de son parcours de chercheur. Masterfight a essayé d’en savoir un peu plus auprès de l’un de ses instructeur français Christophe ksiazkiewicz.

Masterfight : Quel fut ton parcours avant d’arriver à l’Aunkai ?
Christophe Ksiazkiewicz : Je suis né derrière le rideau de fer et malgré une bonne dizaine d’années de retard sur la diffusion des films, je suis tombé sous le charme du petit dragon comme beaucoup l’ont fait des deux côtés de la frontière bien avant moi. C’était au début des années 80 et la passion des arts martiaux ne m’a plus jamais quitté.

Arrivé en France j’ai trouvé un club de Karaté où j’ai pratiqué pendant plus de dix ans avant de traverser une période d’interrogation sur ma pratique, son but, son efficacité, ses bénéfices….J’ai découvert alors le Wing-tsun grâce à deux instructeurs qui ont su me faire partager leur passion du combat, pour me tourner quelques années plus tard vers le Tokitsu-ryu. A l’époque c’était encore le Shaolin-Moon dont les exercices de kiko (qi-gong) m’ont beaucoup passionné.

Là, pour des raisons personnelles j’ai eu une traversée du désert pendant laquelle j’ai tenté de trouver la lumière en me plongeant dans tous les ouvrages traitant de près ou de loin des arts martiaux, pensant beaucoup en m’entraînant moins. (rire)
Jusqu’au jour où j’ai lu l’interview de Léo Tamaki dans la revue « Dragon » où une phrase d’Akuzawa senseï a fait « tilt » en moi. « Pour moi le bujutsu n’est pas un ensemble de techniques, mais un état du corps. Une fois les principes intégrés les techniques jaillissent spontanément car le corps est capable de s’adapter instantanément. »

Et l’aventure a commencé.

MF : En 2 mots (exercice pas simple), qu’est-ce que l’Aunkai ?
CK : Je serais tenté de dire, la source de l’art martial.

Bien que cette définition paraisse prétentieuse, j’en suis intimement convaincu, mais je précise qu’elle ne regarde que moi. J’ai d’ailleurs une anecdote à ce sujet. A la fin d’un stage, au moment des allers venues entre ceux qui entraient et ceux qui sortaient des tatamis, une pratiquante de body-karaté m’a posé la question de ce qu’on pratiquait et juste après, à quoi Aunkaï pouvait ressembler. Je me rappelle bien d’avoir lancé un regard perplexe à mon pote Manu avant de répondre avec tout le sérieux qui sied à ce genre de réplique, « Aunkaï ça ne ressemble à… rien. A rien de connu en tout cas ». Comment expliquer à une adepte de cardio-training (je sens que je ne vais pas me faire que des copines) ce qu’est un art martial en deux mots… ?!

Alors, ta question me fait sourire, car je m’aperçois que j’ai dû intégrer certaines notions liées à la pratique d’Aunkaï, car cette fois-ci la réponse m’est venue spontanément.

Nous sommes tellement habitués à voir dans l’art martial des gesticulations plus au moins rythmées accompagnées de cris et d’une efficacité toute relative que tout ce qui sort de cette nomenclature paraît suspect !

Pourtant, Sagawa s’entraînait en cachette pour chercher tout au long de sa vie, des moyens efficaces pour conditionner et utiliser différemment son corps afin que son aïki puisse s’exprimer plus librement dans sa technique, dans chacun de ses gestes quotidiens. Alors, en quoi une séquence gestuelle simple mettant en œuvre des principes communs aux autres méthodes de combat ne peut-t-elle pas rentrer dans la même catégorie ?

entretien christophe ksiazkiewicz aunkaiMF : L’Aunkai est-il si simple à apprendre, qu’on puisse l’enseigner sous forme de stage au bout d’un an et demi de pratique ?
CK : Je vois qu’on rentre dans le vif du sujet?! 😀

Si on se borne à examiner la gestuelle des formes de base d’Aunkaï, on pourrait sembler croire en effet qu’il est facilement assimilable. Mais une fois plongé au cœur de la pratique on s’aperçoit bien vite des limites de cette soi-disant facilité. Je ne voudrais pas m’éparpiller par excès de passion avant de te donner une réponse satisfaisante sur cette interrogation. Je signalerais seulement que si Akuzawa senseï a mis en place la formation instructeur qu’à la fin de 2009, ceux qui ont intégré ce cursus constituait déjà le noyau dur des stagiaires le suivant depuis ses tout premiers pas sur le sol français, qui pour rappel, datent de 2006.

Ajoute à cela une pratique quotidienne et tu comprendras que le nombre limité des instructeurs est à la hauteur des exigences d’Akuzawa senseï. D’autant plus que l’autorisation d’enseignement se limite aux bases de l’école.

MF : Qu’est-ce qu’apportera l’Aunkai à un pratiquant d’arts martiaux (débutant ou avancé) ?
CK : L’Aunkaï nous met face à nous-mêmes. Face à nos propres défauts et nous force à nous surpasser. Quand j’évoque nos propres défauts je parle des défauts d’alignement, de structure, d’équilibre et de blocages corporels.

C’est ailleurs un des credo d’Akuzawa senseï; avant de savoir se battre il faut apprendre à se tenir débout, à s’asseoir et à marcher. Choses banales en occurrence et pourtant tellement fondamentales. Il suffit de regarder un groupe de stagiaires, pourtant des pratiquants aguerris dans leurs disciplines respectives, avancer tout branli-branla, complètement déstructurés, sur un exercice comme le ashi-age (lit. lever de jambe). Ou de les voir complètement étranger face à leur schéma corporel, face à la maîtrise de leurs corps dans l’espace. Ce corps dont ils croient avoir la maîtrise, pour se poser la question sur l’efficacité et l’intensité de leurs frappes.

Alors, effectivement, quand on voit bouger Akuzawa senseï où quand on sent ses frappes, pourtant volontairement retenues, on accepte l’évidence, la nécessité de changement de l’utilisation du corps.

Selon les élèves d’Akuzawa senseï dont je fais partie et que je fréquente, les effets, les bénéfices plutôt, de la pratique des tanren se font ressentir bien vite. Non seulement on change, mais on le sent on acquérant une meilleure perception corporelle.

Une autre particularité d’Aunkaï réside dans sa pratique solitaire. Je m’explique, la majorité des principales formes s’exécutent sans la présence d’un partenaire. Une éventuelle confrontation avec celui-ci sert d’aiguillage pour la progression. Je ne dis pas que la pratique des tanren d’Aunkaï se substitut à un échange entre deux partenaires, non. Son rôle et les échanges indispensables avec lui, permettent de franchir des paliers nécessaires à toute progression fructueuse. Mais, d’après mon expérience personnelle, je peux avancer qu’un investissement profond dans la pratique, même solitaire donne des fruits insoupçonnables par rapport à un homologue suivant des cours réguliers dans un dojo.

entretien christophe ksiazkiewicz aunkaiMF : L’Aunkai, c’est finalement que de la gymnastique. Pourquoi pratiquer en kimono ?
CK : Rhooo… Tu dois certainement être un joueur d’échec hors pair?!

Hum… Si on se place d’un point de vue étymologique du terme, la gymnastique c’est l’art d’exercer le corps pour le fortifier. De ce point de vue là, on pourrait dire que l’Aunkai s’y apparente. N’oublions cependant pas la finalité martiale, se forger le corps au travers des pratiques guerrières. Les athlètes de la Grèce antique se rendaient aux gymnases pour s’adonner nus aux exercices de la lutte et du pugilat.

Aunkaï comprend également du sparring libre et des assauts de sanda, sa pratique ne se limite donc pas simplement « à lever ses bras vers le ciel » 😉

D’ailleurs, tu es l’un des rares qui assimile Aunkaï à une gymnastique et non à un yoga ou à une de branche d’un qi-gong ésotérique. (rire)

La nudité dans la pratique sportive ne faisant pas partie des mœurs actuelles, le choix d’un uniforme vient tout naturellement. Alors, pourquoi avoir choisi un kimono?

C’est vrai que la tendance vestimentaire dans le monde des arts martiaux actuels, est au politiquement-cool. On ne veut plus de grands maîtres avec des pyjamas fluorescents ou keikogi plus blanc que blanc et une ceinture plus noire que noire. La demande est aux instructeurs de proximité, pouvant se noyer dans la masse des stagiaires leurs assurant un semblant de ressemblance et de sécurité.

Mais restons sérieux. Quand on postule pour jouer dans une équipe on aborde ses couleurs n’est-ce pas ?

Pour Aunkaï c’est la même chose. Le choix d’Akuzawa senseï s’est porté sur le port de keikogi pour représenter les couleurs de son école. Alors, moi ça ne me dérange pas, même si je dois t’avouer que les t-shirts des tout premiers stages étaient plutôt réussis !

MF : Quel est l’historique de l’Aunkai ?
CK : Si tu croyais que j’allais sortir « un scoop » sur le parcours d’Akuzawa senseï, tu seras bien déçu. Malheureusement je ne sais rien de plus que ce qu’il a été rapporté par Léo Tamaki dans la revue « Dragon ».

Il aurait commencé les arts martiaux vers l’âge de 16 ans par

le Taï Chi puis vers l’âge de 19 ans le Hsing I. Compétiteur dans l’équipe japonaise d’arts martiaux chinois, il remporta au début des années 90, le tout premier championnat du monde de Sanda dans sa catégorie.

Trouvant les techniques sportives pas assez efficaces il poursuivit ses recherches. Passant par la pratique du toshu kakuto, le close-combat japonais, il fit connaissance d’un pratiquant de koryu (lit. école ancienne) qui lui a transmis les fondements du taïjutsu et notamment les formes de Yagyu Shingan ryu. Et, bien qu’il ait pratiqué chez Sagawa pendant un peu plus de deux ans c’est bien ces dernières qui l’ont amené à fonder l’Aunkaï.

Merci M. Ksiazkiewicz pour toutes ces précisions.
J’encourage les lecteurs du magazine, pratiquant ou non de se rapprocher des instructeurs afin de découvrir cette discipline pleine de promesse.

Pour en savoir plus et pratiquer l’Aunkaï

L’interview de Minoru Akuzawa par M Tamaki
Le site officiel de l’Aunkaï

A Brest vous pouvez vous rendre au Misogi-dojo ou les cours sont donnés par Tanguy Le vourc’h.
A Paris, Christophe Martin vous recevra au sein du Kishinkan dojo.
Si vous souhaitez organiser des stages, n’hésitez pas à prendre contact avec M. Christophe Ksiazkiewicz

Tanren
Le tanren dans le langage courant d’un aunkai-boy signifie l’exercice, où plus exactement faire la forme. Car la particularité d’Aunkaï c’est d’être composé à sa base, et pour l’essentiel, des exercices/formes/kata/taolu appelons les comme bon nous semble après tout, facilement assimilables. Mais assez difficiles d’exécution car ils nous mettent face à tous nos défauts corporel.
Leurs simplicité et rapidité d’exécution n’est qu’une apparence face à tout le travail d’introspection et de conscientisation nécessaire pour assimiler dans le corps les principes qu’ils contiennent. C’est en fait une restructuration corporelle qui se produit. C’est là que cette répétition rejoins la notion contenue dans le nom même du tanren.
Le tan de tanren 鍛錬, pour le forgeron, le fabricant de katana, c’est marteler le fer et le tremper. Le chauffer de nouveau, le marteler encore, le tremper de nouveau. Donc cet exercice sous entends l’idée de se fortifier, se discipliner.
Le ren de tanren 鍛錬, signifie pétrir. Et on pétri le métal en le chauffant, le laissant refroidir puis le frappant de nouveau pour lui faire changer de forme. Donc plutôt qu’exercice c’est une répétition inlassable,incessante….

« Et alors toute la perception, l’interprétation et l’exécution que nous avons de la technique change » [Tamura senseï].

On acquière le jutsu; la technique épouse le corps se mélange avec et donne le bu: martial (expression de)


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