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Parmi mes grands noms du karaté d’Okinawa, mais aussi les plus entourés de mystères, on trouve celui d’un Chinois : Wú Xiánguì, plus connu sous son nom prononcé à la japonaise : Go Kenki.

Cet expert du Báihè-quán ou Boxe de la Grue Blanche eut une profonde influence sur de nombreux sensei d’Okinawa :
Kyoda Jûhatsu (tô’on-ryû),
Miyagi Chôjun (gôjû-ryû),
Matayoshi Shinpô (kingai-ryû),
Mabuni Kenwa (shitô-ryû).

L’article qui suit présente de manière plus précise cette figure emblématique.
Go Kenki, le chinois qui infliuenca le karateGo Kenki représente bien le lien qu’il eut entre les pratiques okinawaïennes du début du XXème siècle, fortement influencées par la Chine, par rapport à celles du Japon d’aujourd’hui. J’ai pris l’option de suivre une évolution « chronologique » dans cet article.

Dans sa « vie chinoise », l’expert présenté portait le nom chinois de « Wú Xiánguì », puis de son mariage avec une japonaise, celui, japonais, de « Yoshikawa Kenki », « Kenki » étant la prononciation japonaise de « Xiánguì ». Ainsi, il naquit Wú Xiánguì et mourut Yoshikawa Kenki.

Go Kenki/Wú Xiánguì est né le 20 janvier 1887 dans la ville de Fùzhōu, province du Fùjián, Chine, au sein d’une famille nombreuse de trois filles et quatre garçons. Les raisons de l’implication du jeune Xiánguì dans les arts de combat sont liées à la protection des affaires commerciales de sa famille. C’est son oncle, Wú Sōngmù, lui-même expert du combat, qui résolu de l’initier aux arts de combat, ainsi que ses autres frères. D’après les récentes découvertes de Tokashiki Iken, Wú Sōngmù aurait eu parmi ses disciples un certain Xiè Chóngxiáng.

Une autre théorie voudrait que Wú ait appris avec Zhōu Zhĭhé, qui enseignait le Báihè-Quán/Boxe de la Grue Blanche ainsi que le Hŭ-Quán /Boxe du Tigre. Zhōu enseigna sa technique à Uechi Kanbun, initiateur du style uechi-ryû. C’est de cette époque que daterait l’amitié de Wú et Uechi.

Après la révolution chinoise de 1911, Wú s’éxila, mais contrairement à ses compatriotes qui trouvèrent refuge sur l’île de Táiwān, occupée à cette époque par les japonais, il émigra à Okinawa en 1912 où il épousa Yoshikawa Makato, dont il prit le nom et eut une fille. A son arrivée à Okinawa, Wú trouva un emploi comme commis dans un magasin de thé, ce n’est que quelques temps plus tard qu’il put ouvrir son propre magasin, dans le quartier de Higashi à Naha. La localisation de son négoce n’est pas due au hasard, le quartier de Higashi jouxte celui de Kume, quartier historique et réservé de Naha, où les premiers émigrants chinois installèrent leur colonie, et où Wú pouvait retrouver des souvenirs de la Chine.

Ses journées étaient remplies par son commerce, qu’il faisait dans la journée et par l’enseignement du Báihè-Quán /Boxe de la Grue Blanche, le soir. Ses activités commerciales lui assurant des revenus suffisants, il ne demandait qu’un œuf frais pour la participation aux cours de quan-fa.
Dans les premiers temps, seul Aniya Seishô suivait les cours de Wú. Mais le bouche-à-oreille aidant, ceux-ci connurent de plus en plus de succès.
Les entraînements avaient lieu au premier étage de son magasin et commençaient par un salut à Busaganashi, divinité des arts en général. Puis venaient divers exercices préparatoires avec instruments et le kata Happoren (cf vidéos ci-dessous), qui, pour de nombreux chercheurs, serait l’ancêtre du kata Sanchin. Happoren et Chûkon étaient les deux kata au centre du cours, mais ils étaient travaillés, analysés et décortiqués sous tous leurs angles et toutes leurs possibilités. Que Wú ait centré son enseignement sur ces deux kata, ne veut pas dire qu’il n’en connaissait pas d’autres. Grâce à des styles comme le Kingai-ryû, le Tô’on-ryû et le Shitô-ryû, nous savons qu’il connaissait aussi le kata Nêpai.

Happoren : Version chinoise
[youtube width= »590″ height= »355″]http://www.youtube.com/watch?v=cSP7BlehvCQ[/youtube] Happoren : Version japonaise
[youtube width= »590″ height= »355″]http://www.youtube.com/watch?v=Wx3L9YoemP0[/youtube]

Wú était connu pour sa gentillesse, sa courtoisie et sa connaissance de la médecine, il soignait lui-même ses élèves des blessures reçues lors des entraînements.

C’est lui qui introduisit Miyagi Chôjun, fondateur du gôjû-ryû, auprès de plusieurs experts chinois, lors du premier voyage d’études de ce dernier en Chine.

Wú enseigna le kata Nêpai à Matayoshi Shinpô du Kingaï-ryû, à Kyoda Jûhatsu du Tô’on-ryû et à Mabuni Kenwa du Shitô-ryû qui transmit sa propre version sous le nom de Nîpaipû. Cette dernière version est sensiblement différente de la forme transmise par Wú.

Pour avoir une idée plus précise des connaissances de Wú dans les arts de combat, nous devons nous référer aux documents concernant le Kingai-ryû de la famille Matayoshi. De ses rencontres avec Wú, Matayoshi apprit/créa Happôren, Nêpai, Hakuhô, Hakkaku Heihô shodan, nidan, sandan, Hakkaku Senshi et Hakkaku Sôtô.

Bien qu’il enseigna, il ne créa aucun style propre, mais il eut un rôle indirect et pour le moins important dans l’élaboration technique du Tô’on-ryû de Kyoda Jûhatsu et du Shitô-ryû de Mabuni Kenwa. En ce qui concerne le Gôjû-ryû de Miyagi Chôjun, le rôle de Wú fut plus théorique.

Yoshikawa Kenki mourut d’un cancer de l’estomac en mai 1940, à 53 ans, sans avoir pu réaliser son rêve : retourner dans son pays. Cet âge peut sembler jeune, mais les conditions de traitement des cancers à cette époque n’étaient pas aussi efficace que de nos jours.

Go Kenki, le chinois qui influenca le karate

Quelques questions se posent aux chercheurs
Ce serait le père de Wú Xiánguì qui aurait enseigné l’art du combat à Xiè Chóngxián, enseignant supposé de Higaonna Kanryô, initiateur du gôjû-ryû. Mais, dans ce cas, pourquoi Higaonna n’a pas transmis les mêmes kata que Xiè ?
De même, si Wú a suivi les enseignements de Zhōu Zhĭhé, pourquoi Wú Xiánguì et Uechi Kanbun ne transmirent pas les mêmes tao/kata.

On ne connait pas les véritables raisons de l’exil de Wú, mais cela tient certainement aux troubles engendrés par le changement de régime et la purge qui s’ensuivit. De même ce choix pour Okinawa n’est pas connu et peut paraitre étrange, si l’on considère seulement de la barrière de la langue (NdA).

 

 

 

 


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